Jénine abandonnée par l’ONU

Après des jours de tergiversations, la nouvelle est tombée mercredi matin. Le secrétaire général de l’ONU a indiqué au Conseil de sécurité qu’il « penchait en faveur du démantèlement de la mission » censée se rendre dans le camp palestinien de Jénine.
Kofi Annan a pourtant estimé « qu’il est dans l’intérêt de tous de déterminer une fois pour toutes ce qui s’est passé » dans ce camp de 14.000 réfugiés, assiégé et détruit en l’espace de quelques jours par l’armée israélienne. Ce qui s’est passé entre le 3 et le 12 avril, plusieurs observateurs s’en étaient pourtant fait l’écho dès l’ouverture des portes du camp dévasté.
Le 18 avril dernier, l’émissaire de l’ONU au Proche-Orient, Terje Roed-Larsen, n’avait-il pas parlé d’une « horreur qui dépasse l’entendement » ? « C’est l’une des pires scènes de dévastation que j’ai jamais vues », avait aussi rapporté un délégué d’Amnesty International, Javier Zuniga. Des « dizaines et non des centaines » de morts, s’obstinait pourtant le ministère israélien de la Défense.
Un bilan nullement partagé par les ONG et par un journaliste, le Français Pierre Barbancey, du quotidien L’Humanité, qui a pu rester 48 heures près du centre. Il en avait rapporté des témoignages disant que l’armée avait enterré et recouvert de béton des cadavres dans un trou creusé sur la place centrale du camp. Qualifiée de « hautement regrettable » par la commission européenne, de « désastre » par le responsable palestinien Saëb Erakat, critiquée par l’ensemble du monde arabe, la dissolution annoncée de la mission onusienne montre en tout cas une nouvelle fois les limites de cette instance soumise à des considérations politiques qui la dépassent – et de loin. L’ONU s’avère ici incapable d’apporter la vérité sur les rumeurs d’un massacre.
Un rôle que des ONG tenteront de remplir dans une moindre mesure. Des experts, notamment des légistes, se sont d’ailleurs succédés dans ce camp établi en 1953, pour tenter de reconstituer le puzzle des combats. La plupart se sont refusés à parler d’un « massacre » mais ont conclu à de graves violations des droits de l’homme. Amnesty international a par exemple évoqué des « crimes de guerre » tandis que Human Rights Watch continue d’enquêter sur l’utilisation de Palestiniens par les militaires israéliens pour entrer dans les maisons ou comme « boucliers humains ». Selon l’UNRWA, qui administre le camp pour le compte de l’ONU, 52 corps ont été à ce jour retrouvés et 46 personnes sont encore portées disparues.
Dans le camp dévasté, chaque nuit voit s’ajouter de nouveaux slogans sur les murs. Souvent écrits à l’encre rouge et en anglais, pour mieux interpeller le monde, on peut y lire : «Ici, Sharon a creusé sa tombe», ou «Sharon, tu n’as fait que nous rendre plus forts, tu ne peux tuer nos convictions», « vivre libre ou mourir».

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