Khadija Abenaou : «Nous refusons de céder aux références rétrogrades de la société»

Khadija Abenaou : «Nous refusons de céder aux références rétrogrades de la société»

ALM : Vous revendiquez, au sein de l’AMDH, l’abrogation de l’article 490 du code pénal et qui interdit toute relation sexuelle en dehors du mariage. Ne serait-ce pas provocateur dans un pays où la référence religieuse est toujours mise à l’avant ?
Khadija Abenaou : Nos positions sont fondées sur les valeurs des droits humains dans leurs dimensions universelles et globales , nous faisons donc des déclarations et conventions des droits humains notre seul référentiel . Et c’est dans ce sens que nous militons pour les libertés publiques et les libertés individuelles au Maroc en tant que parties intégrantes des droits humains.
En tant qu’ONG, il est de notre devoir d’orienter la société, de la sensibiliser et de l’éduquer sur les valeurs de droits humains . Nous prônons un droit universel, nous ne sommes pas un organisme politique pour miser sur le populisme et dans ce sens nous refusons de céder aux références rétrogrades de la société. Ces pratiques se font au vu et au su de tout le monde. Dans notre approche de la question il faut que toute législation soit adaptée aux normes universelles et globales des droits humains. Aujourd’hui l’État et la société aussi pratiquent une schizophrénie qui est inadmissible et il faut dire que la femme se voit beaucoup plus lésée dans ses droits que l’homme. Nous voulons que la femme ait le droit de «disposer de son corps» autant que l’homme et nous revendiquons la levée de la criminalisation des rapports sexuels. Chaque être humain est libre de disposer de son corps.

Vous prônez donc la liberté sexuelle au Maroc, ne craignez-vous pas que ceci soit assimilé à un appel ouvert à la débauche ?
Non, on est pas encore arrivé jusque là, la question n’est pas encore tranchée mais elle est posée, la discussion au sein des ONG des droits humains et des droits des femmes doit être ouverte. Ce qui est clair c’est notre position vis-à-vis de la notion de débauche comme elle est citée dans le code pénal qui demeure à nos jours très floue concernant ce point. La référence de la définition du mot «débauche» n’est pas définie et l’on se base sur une approche sociétale et traditionnaliste pour trancher la question. Ceci est inadmissible et cède la place à un usage abusif de cette notion de façon à atteindre les libertés individuelles des gens. Pour l’AMDH, il faudrait plutôt incriminer davantage le viol et l’inceste en renforçant la législation. Et adapter des mesures socio-économiques dans la lutte contre l’esclavage sexuel , la prostitution entre autres en favorisant l’insertion de ces femmes victimes dans la société et rompre tout lien avec cette hypocrisie sociale dont les conséquences sont incommensurables.

Ils seraient 80.000 enfants à naître hors mariage chaque année, cette liberté sexuelle sera-t-elle sans favoriser davantage ce phénomène ?
Pour être précise, au sein de l’AMDH nous sommes loin de vouloir lancer un appel ouvert aux citoyens de se libérer sexuellement mais je trouve inadmissible qu’un couple qui entretient une relation hors mariage soit accusé de débauche, et dans ce cas c’est toujours la femme qui subit les conséquences. C’est un droit comme un autre et qu’il faut respecter dans sa globalité. Pour ces cas de naissances hors mariage, il faut savoir qu’il n’y a pas de grossesse préméditée. Surtout dans une société qui est tout sauf clémente envers les mères célibataires.
Une relation consentie est une relation où les deux partenaires sont assez éveillés et auraient pris leurs précautions. Il en serait de même pour les cas de prostitution. Il faut savoir que ces cas de naissances hors mariage sont pour la plupart des résultats de situations de viol, d’inceste ou d’abus de femmes émotionnellement immatures, ou se trouvant dans des situations difficles .

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