Khadija Rouissi : «Le Mouvement du 20 février risque de perdre son autonomie»

Khadija Rouissi : «Le Mouvement du 20 février risque de perdre son autonomie»

ALM : Est-ce que le Mouvement du 20 février a perdu son autonomie ?
Khadija Rouissi : Ce mouvement risque de perdre son autonomie s’il ne prend pas en compte certains agissements en son sein. Il est important de relever que dans certaines villes, le mouvement est victime des visées de certains groupuscules extrémistes. C’est notamment le cas à Fès, Marrakech, Rabat… Certains groupes non démocrates souhaitent diriger le mouvement. Le mérite de ce mouvement est qu’il a réussi à créer une dynamique. Mais dans quelle direction se dirige-t-elle aujourd’hui ?

Qui contrôle le mouvement ?
Il est difficile de répondre à cette question. La véritable interrogation qu’il convient de se poser aujourd’hui est de savoir qui commande ce mouvement ? C’est l’ambiguïté totale. Est –il manipulé? Certains espèrent contrôler ce mouvement et le manipuler pour atteindre des objectifs autres que ceux pour lesquels il a été créé. Il faut rappeler que l’objectif principal était de créer une dynamique au sein de la société pour parvenir à la consolidation de la démocratie et d’un Etat moderne et à accélérer le processus de réformes déjà entamé au Maroc.

Quatre mois après sa constitution, le Mouvement du 20 février n’a toujours pas de porte-parole et n’est pas structuré. Quelles en sont les raisons ?
J’ai fait ce constat à plusieurs reprises. Personnellement, je ne crois pas que l’on peut réellement imposer les changements auxquels on croit qu’à travers des manifestations dans la rue. Pourquoi ne pas organiser des journées de réflexion? Tout mouvement doit avoir une vision claire, un but et des objectifs bien précis. Ce qui n’est pas le cas du mouvement du 20 février.
A ce jour, ce Mouvement n’a pas de plate-forme. Il y a une absence de clarté dans ses objectifs. D’où la question de savoir vers quel objectif ces jeunes se dirigent-ils ? Il est temps pour eux de proposer une plate-forme d’autant plus que bon nombre de militants ont de l’expérience et sont en mesure de le faire. Ils doivent clairement dire ce qu’ils pensent et vers quelle direction ils se dirigent. Au début, le mouvement a déclaré plus d’une vingtaine de revendications et je ne comprends pas pourquoi l’égalité qui est pourtant l’une des principales valeurs de la démocratie n’a été revendiquée que récemment après l’intervention de plusieurs ONG féminines. Pourquoi ces jeunes n’ont jamais revendiqué l’abolition de la peine de mort ? Il y a un temps pour la revendication, mais aussi, il y a un temps pour la réflexion et les propositions concrètes et réalisables.

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