La prostitution s’exporte bien aux lieux saints

L’Histoire nous raconte que le célèbre poète arabe, Omar Ibnou Abi Rabiaâ, profitait annuellement de la période du pèlerinage à La Mecque pour se consacrer à la drague des femmes venues effectuer ce devoir sacré. Une pratique dont attestent les centaines de vers qu’il consacra à la description de ses péripéties amoureuses lors de la saison d’Al Hadj. L’utilisation à des fins perverses de ce rendez-vous annuel entre les croyants et le Créateur n’est pas une invention des temps modernes. Mais, il faut reconnaître que la manière moderne de profiter du pèlerinage pour draguer, a revêtu un nouvel aspect qui dépasse l’image donjuanesque rapportée par les recueils de la poésie arabe. De nos jours, le voyage sacré aux Lieux Saints est utilisé par certains faux-fidèles pour cacher des réseaux de débauche toutes branches confondues. Ainsi, individuellement ou collectivement, des femmes et des hommes s’adonnent à la prostitution à l’occasion de la saison de la Omra ou celle d’Al Hadj dans la terre sainte de l’Islam. S’agissant de la prostitution féminine, elle est de deux catégories. La première est bien structurée et préalablement organisée, alors que la deuxième est plutôt circonstancielle et individuelle. Dans le premier cas, il existe des réseaux de prostitution qui rassemblent tous les critères juridiquement requis pour être qualifiés de la sorte. Ainsi, l’on y retrouve tous les éléments de la prostitution professionnellement organisée à savoir les prostituées, les rabatteurs, le proxénète et le souteneur. S’agissant des prostituées, élément de base, elles sont recrutées de deux manières différentes. Elles peuvent être recrutées dans les réseaux locaux ce qui signifie qu’elles sont choisies parmi les prostituées qui exercent au Maroc. Pour celles-ci, le fait d’être sélectionnées pour exercer dans le pays abritant les Lieux Saints est une promotion dans la hiérarchie professionnelle. D’ailleurs, seules les mieux qualifiées physiquement et les plus ambitieuses professionnellement accèdent à cette catégorie. La deuxième catégorie concerne des filles qui sont recrutées en dehors des milieux de la prostitution. Il s’agit de jeunes filles qui sont attirées dans les filets des proxénètes par des intermédiaires qui choisissent leurs cibles dans certains milieux spéciaux comme les lycées ou les universités. C’est le genre le plus apprécié par la clientèle du Golfe. Une fois choisies, leur voyage est arrangé par le proxénète, généralement bien introduit dans les milieux de l’élite saoudienne, qui prépare leur séjour en terre sainte sous la couverture d’Al Hadj ou d’Al Omra. Et, comme pour effectuer ce devoir saint, toute jeune femme doit être accompagnée de son père, un fils majeur, un oncle ou tout simplement un époux, (un « Mahram ») le proxénète se charge de résoudre le problème en consommant ces quatre possibilités de mariage puisqu’il épouse les filles qu’il fait travailler. En Arabie Saoudite, un souteneur, généralement une personnalité saoudienne assez influente, se charge de protéger l’opération qui se répète plusieurs fois puisque le rite d’Al Omra peut être effectué à n’importe quel moment de l’année et autant de fois que l’on veut. Le deuxième genre de prostitution exercée à l’occasion d’Al Hadj ou d’Al Omra, se distingue par son caractère individuel. C’est une entreprise personnelle. Il s’agit d’une femme qui exerce toute seule. Elle prend en charge ses frais de voyage ainsi que ceux d’un accompagnateur, un faux « Mahram », afin de s’assurer le visa des autorités saoudiennes. Une fois arrivée aux Lieux Saints, c’est le trottoir, mais d’une manière assez spéciale puisqu’elle fait généralement le tour des commerces réservés aux marchandises féminines : tissus, bijouterie etc. Ces lieux se distinguent par le fait qu’ils sont les seuls où une femme peut aborder des hommes sans attirer l’attention et où le dialogue peut basculer facilement vers des sujets à connotation érotique. C’est de la prostitution à une échelle moins importante que la première, car elle s’adresse à une clientèle généralement de nationalité autre que la saoudienne dont des Yéménites, des Egyptiens, des Omanais ou même des Marocains installés en Arabie Saoudite. Les clients sont ainsi des petits commerçants, des employés de commerce, ou des chauffeurs…etc. En général, la prostituée essaye de profiter au maximum du temps limité de son visa et de collecter le plus d’argent avant la fin de son séjour. Au terme de son voyage, elle rentre au Maroc après avoir récupéré le capital investi dans le voyage et obtenu des bénéfices qui lui permettront de subsister jusqu’à une nouvelle Omra ou jusqu’à la nouvelle saison d’Al Hadj. Qu’elle soit individuelle ou collective, la prostitution des Marocaines camouflée dans le devoir saint reste un phénomène difficile à combattre malgré les efforts des autorités marocaines et saoudiennes qui tentent de le combattre par des restrictions juridiques et conditions d’octroi de visas. Mais, il faut reconnaître que les réseaux de prostitution font preuve de créativité et s’adaptent à toutes les nouvelles mesures.

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