La société marocaine se détourne de la polygamie

La société marocaine se détourne de la polygamie

Plus de 4.800 lecteurs d’ALM ont pris part au tout dernier sondage organisé sur le portail (www.aujourdhui.ma) autour de la polygamie durant un mois. À une question aussi directe que «Faut-il abolir la polygamie ?», les internautes avaient du mal à se départager. 50 % d’entre eux sont pour une abolition de cette forme de régime matrimonial qui permet à un homme d’avoir simultanément quatre femmes au plus. Et ce sont 47,5 % des personnes sondées qui se sont déclarées pour le maintien de la polygamie. Seulement 2,5 % des participants se sont abstenus de donner leur avis sur cette question qui relance un débat ravivé par la dernière sortie médiatique de l’Association démocratique des femmes du Maroc (ADFM). Selon une étude réalisée par cette association, les juges ont autorisé, au cours de l’année 2006, le mariage des mineures dans près de 90 % des cas et autorisé la polygamie dans 43,4 % des affaires jugées. Pour les membres de l’ADFM, les autorisations de mariage « polygames » risquent de «compromettre» la réforme du Code de la famille adopté en 2004. Le mot est lâché. «Compromettre» ce chantier aura un impact sur le projet de société qu’entreprend le pays. En évaluant sur le terrain l’application du Code de la famille, l’ADFM estime que les juges marocains seraient «indulgents» envers les polygames. Ce qui risque, selon l’ADFM, de vider le nouveau Code de la famille de son sens.
Au cours de l’année précédente, les actes de mariages polygames ont représenté 0,29 % du total des mariages contractés. Ce sont donc 864 Marocains qui ont convolé en justes noces pour la deuxième fois.
En « bons musulmans », ces hommes disent qu’ils préfèrent avoir une deuxième femme dans leur vie au lieu d’entretenir une relation d’adultère. C’est le principal argument avancé par les polygames. Il passe avant celui de la volonté d’avoir un enfant si la première femme est stérile. «Si vous craignez d’être injustes pour les orphelins, épousez des femmes qui vous plaisent. Ayez-en deux, trois ou quatre, mais si vous craignez d’être injustes, une seule ou bien des esclaves de peur d’être injustes». Ce verset coranique met clairement en exergue «l’injustice» de la polygamie. « Ainsi, la tendance devrait aller vers l’abolition de la polygamie !», tranche Nouzha Skalli, ministre du Développement social, de la Famille et de la Solidarité.
Sous d’autres cieux, ce régime matrimonial a été aboli en Tunisie et en Turquie, par exemple.  En Egypte comme en Jordanie, 8 % des hommes ont plus d’une épouse, mais très peu arrivent à dépasser le sacro-saint chiffre de deux. Une troisième épouse est un «luxe» que les Egyptiens et les Jordaniens ne peuvent atteindre pour des considérations financières pour la plupart des cas.
C’est d’ailleurs la condition sine qua non qu’exigent les juges syriens avant d’apposer leurs signatures au bas du document autorisant un deuxième mariage. Au pays de Bachar Al-Assad, un homme qui veut avoir une seconde épouse doit d’abord apporter la preuve qu’il a les moyens de subvenir aux besoins d’un deuxième ménage.
Toujours dans la région fertile du Moyen-Orient, les Irakiens ont goûté à l’avant et à l’après ère polygamie. En effet, en 1958, l’Irak avait interdit cette pratique, mais elle a été rétablie par feu Saddam Hussein en 1994. En Arabie Saoudite, près de 70 % des hommes ont une seule femme, 16 % deux, 6 % trois et 2 % quatre. Il faut dire que la polygamie permet d’avoir une deuxième femme, mais dans la légalité.
«L’impact de la polygamie sur la famille est catastrophique», estime Mme Skalli. Mais, au-delà des effets psychologiques et économiques que connaît la famille, des voix s’élèvent, aujourd’hui, pour crier contre le risque d’une maladie sexuellement transmissible que peut engendrer la polygamie. «Pour la première épouse, qui garantira que la deuxième restera fidèle à son mari ? C’est une transmission de MST dans la légalité !», s’interroge un époux qui préfère se contenter de la mère de ses enfants. La santé se pose dorénavant comme un paramètre que le législateur devrait prendre en considération.

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