Lakhal : «Une Occasion en or pour le MUR»

Lakhal : «Une Occasion en or pour le MUR»

ALM : Ne peut-on pas considérer le départ de Raïssouni pour Djedda comme une autre fuite en avant après ses nouvelles déclarations sur "Imarat Al Mouminine", une sorte de halte, le temps que les choses se calment ?
Saïd Lakhal : Cela pourrait être tout à fait le contraire. L’accord du MUR pour que Raïssouni s’absente deux ans à Djedda peut être considéré comme une sorte de libération. Le MUR pourra finalement se débarrasser du lourd fardeau que constitue son ex-président qui l’a souvent mis dans l’embarras que ce soit vis-à-vis du Roi ou des partis politiques. Le MUR, par cet accord, veut que Raïssouni s’occupe de sujets et d’affaires autres que ceux qui ne lui ont apporté que diverses tracasseries. Il a osé s’attaquer à «Imarat Al Mouminine» et le résultat a été son éviction de la présidence du MUR. Il a mobilisé ses écrits et ses discours pour attaquer les festivals culturels et artistiques, ce qui a directement embarrassé le PJD. Il m’est arrivé de dire sur les colonnes de votre journal qu’il était de l’intérêt et du MUR et du PJD de se libérer de la tutelle de Raïssouni, sinon il faudra s’attendre à une catastrophe pour ces deux formations. Ce voyage peut être l’occasion pour les deux de mettre leurs membres à l’abri de l’influence des fatwas et opinions de Raïssouni.

Quel apport peut-il avoir dans cette Académie du Fiqh ?
L’Académie islamique de jurisprudence relevant de l’Organisation de la conférence islamique a un rôle qui n’est pas moins négatif que celui de la maison-mère. La preuve est ce qu’on constate au niveau du Fiqh (jurisprudence) et la Oumma islamique qui ne fait que sombrer davantage dans la division entre plusieurs groupes rivalisant de radicalisme et d’obscurantisme. Comment alors attendre d’une telle institution qu’elle se consacre aux épineuses affaires religieuses qui intéressent les musulmans : le meurtre au nom de la religion, entre autres ? L’Organisation de la conférence islamique n’a pas eu de réalisations concrètes pour les musulmans et cette Académie non plus ne pourra être de quelque apport. La multiplication des institutions de cette catégorie ne peut être prise pour un signe de richesse et d’enrichissement de la pensée islamique, mais plutôt d’impuissance et de division. Suivant cet ordre d’idées, Raïssouni n’apportera rien à cette Académie et n’en tirera rien non plus. Ce n’est pas par quelque mépris pour l’homme, mais la nature, l’organisation, les objectifs et les conditions entourant cette académie lui font perdre toute efficacité. Chaque Etat a ses institutions religieuses officielles travaillant en harmonie avec la volonté politique des gouvernants et selon des contrats qui ne peuvent être rompus.

Son départ risque-t-il d’affaiblir le Mouvement Unicité et Réforme ?
Le départ de Raïssouni pour Djedda et sa présumée absence peuvent constituer une source de force pour le MUR du moment que ce dernier va avoir une plus grande marge de liberté pour une réflexion objective loin de l’influence de Raïssouni. En sa présence, aucun des fqihs du mouvement n’est capable de lui tenir tête ou de polémiquer avec lui. Le MUR a besoin de fatwas éclairées loin de la tutelle de Raïssouni considéré par les membres de ce mouvement comme le plus outillé. Ces derniers ne se sont pas encore donné l’occasion de penser en toute indépendance d’un Raïssouni hégémonique. Ils ont continué à suivre la ligne qu’il leur a tracée, mais aussi ses fatwas malgré de criardes contradictions.
Il lui est arrivé de considérer la tutelle de la femme pour le mariage comme illicite et contraire à la Charia. Les membres du MUR ont suivi cet avis. Sauf que Raïssouni, six mois plus tard, a changé d’avis de manière radicale sans être contredit et moins critiqué par ses amis. Il en est de même pour plusieurs affaires dont celle d’Imarat Al Mouminine ne sera pas la dernière. Alors, si les membres de ce mouvement profitent de cette absence et apprennent à exprimer leurs avis, le MUR n’en sera que renforcé par des opinions qui n’ont pu être exprimées et qui sont marginalisées ou réprimées. Ce sont les opinions d’une frange éclairée et modérée du MUR qui a toujours été empêchée d’accéder aux postes de responsabilités au sein de ce mouvement. Par contre, il n’en sera pas de même si le MUR continue à lier sa destinée aux positions de Raïssouni et si ce dernier continue à être présent même s’il sera loin des yeux. 

Est-ce qu’il n’y a pas un risque que Raïssouni se radicalise davantage au contact direct de l’idéologie Wahhabite?
Pour ce qui est de l’extrémisme et du radicalisme, Raïssouni réalise une sorte d’autosuffisance et n’a pas besoin de l’aide d’autrui. Il est assez radical comme cela et il n’a presque laissé aucun aspect sans intervenir pour dire ce qui est licite de ce qui ne l’est pas. Peut-être qu’à Djedda il aura cette chance de se livrer à son sport favori en toute liberté.
Au Maroc, il est arrivé qu’un membre du MUR, sous le sceau de l’anonymat, a eu l’audace de critiquer les fatwas de Raïssouni et considéré qu’elles n’avaient rien à envier à celles émises par la Salafiya Jihadiya. Le fqih Raïssouni est toujours en contact avec les idéologues du Wahhabisme qui ne font que le rendre encore plus radical. Il ne lui est jamais arrivé de faire face aux émirs sanguinaires que ce soit au Maroc ou ailleurs. Il n’a jamais poussé son mouvement à prendre une position ferme à l’égard des idéologies destructrices de l’excommuion (Takfir, NDLR). Par contre, son mouvement et les avocats membres de ce dernier ont adopté, de manière explicite, les détenus de la Salafiya Jihadiya à travers leurs communiqués et leur association appelée «Annassir».

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