« Le ministre n’a pas le temps de tout faire »

« Le ministre n’a pas le temps de tout faire »

ALM : Que pensez-vous du rôle des secrétaires généraux des ministères ?
Rachidi El Ghezouani : A mon sens, la fonction du secrétaire général du ministère est essentielle. Elle représente la continuité de l’action publique, indépendamment de l’origine politique et partisane du ministre. Le secrétaire général joue également le rôle de mémoire, puisqu’il est capable d’épauler son ministre et de dire ce qui se fait et ce qui ne se fait pas. Enfin, le secrétaire général assure la coordination entre le ministre et les différentes directions.
Ce dernier point est important. Dans tous les ministères, le secrétaire général coordonne l’action des directions. Sauf quelques rares exceptions, des directions éminemment politiques, comme la DAG au ministère de l’Intérieur qui est sous l’égide directe du ministre.
Pourquoi les ministres ont souvent des problèmes avec leurs secrétaires généraux?
Effectivement, certains ministres ont tendance à vouloir travailler plus vite que leurs prédécesseurs. Ce qui est naturel. Mais justement, le secrétaire général a l’obligation d’adapter le rythme de travail du ministre à la réalité et à l’intérêt public. C’est la raison pour laquelle certains ministres pensent que les secrétaires généraux bloquent leurs actions.
Vous pensez, donc, que le poste de secrétaire général est indispensable au sein de tout ministère?
Absolument. J’estime même que le secrétaire général doit être valorisé et surtout ne pas être considéré comme un siège éjectable. Le tout bien évidemment en totale symbiose et coopération avec le ministre.
Pourtant, dans la pratique, la continuité n’est pas toujours assurée puisque les ministres font systématiquement nommer de nouveaux secrétaires généraux…
C’est un droit acquis à chaque ministre. Mais il doit en user, sans en abuser. Effectivement, il arrive que certains secrétaires généraux tentent de s’affranchir de la tutelle du ministre.
Vous avez parlé de la continuité et de la coordination. Pourquoi tenez-vous à ce que le secrétaire général personnifie ces deux principes ?
Mon expérience m’a montré que chaque direction a tendance à vouloir s’affranchir de la tutelle du ministre. Cette volonté d’autonomie est porteuse de risques. En France, le système est différent du nôtre. Le rôle du secrétaire général y est joué par le directeur du cabinet du ministre. Mais force est de constater que les prérogatives du cabinet sont, de loin, plus importantes que celles des cabinets marocains. En d’autres termes, les ministères marocains doivent prévoir un poste de coordination qui est actuellement joué par le secrétaire général.
J’ai géré pas mal de ministères. Et j’en ai tiré la conviction que la fonction de secrétaire général doit être consolidée. C’est un schéma que j’ai toujours défendu et que je continuerai à défendre.
En suivant votre raisonnement, ne risque-t-on pas de se retrouver avec des ministères à deux têtes?
Absolument pas. Sachez qu’il y a actuellement trois sphères dans la structure étatique. La première est optionnelle. Elle se charge des orientations. Elle est remplie par les directives de SM le Roi. La deuxième sphère est conceptuelle. Il s’agit pour les ministres de se saisir des directives royales et les appliquer de façon conceptuelle. La dernière sphère est celle qui se charge de la mise en oeuvre. Et c’est le secrétaire général qui l’incarne, en coordonnant les actions de toutes les directions. En somme, chacun a une mission claire.
La suppression de la fonction de secrétaire général équivaudrait à l’atomisation de la mise en oeuvre. Ce cas de figure donne inéluctablement naissance à des désajustements et des contradictions internes. Le ministre n’a pas le temps de gérer cette problématique. D’où l’importance du rôle du secrétaire général.
A une certaine époque, les secrétaires généraux étaient considérés comme les yeux et les oreilles du ministère de l’Intérieur…
L’acquis sécuritaire est tout à fait naturel. C’est le cas pour le Maroc, comme pour tous les pays du monde. Ceci dit, si cet acquis sécuritaire, légitime, se transforme en volonté de manipulation, il est bien évidemment condamnable.

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