Le «Pacte de Genève», une opportunité à saisir

Le «Pacte de Genève», une opportunité à saisir

Ariel Sharon après toutes ses colères, renonce dans une déclaration au Jérusalem Post, à l’expulsion d’Arafat, alors que la nouvelle initiative de paix attribuée à Yossi Beilin et Yasser Abed Rabo avait provoqué une réaction instinctive de fureur d’Ariel Sharon. Il était allé, avant même de connaître les détails du texte du « Pacte de Genève », jusqu’à accuser les participants israéliens de « collaboration avec l’ennemi palestinien ». Yossi Beilin, à plusieurs reprises aurait essayé de rapporter à Sharon, sans résultat, la nature de ses négociations en cours. Car, aux yeux du Premier ministre, cette initiative venait compléter les effets désastreux de la guerre de succession ouverte par Ehoud Ulmert, Benyamin Netanyahou et Shaül Mofaz. Pour Sharon, les gens de la gauche ne se réveillaient que pour renverser le gouvernement « en temps de guerre ». Laquelle ? Le « Pacte de Genève » représente, en réalité, une véritable alternative politique voulant démontrer que la solution au conflit israélo-palestinien ne peut-être, seulement, militaire. Cette alternative est renforcée par la soudaine affirmation de Sharon « Le projet d’expulsion d’Arafat n’est pas une option réaliste ». Il reconnaît, ainsi, que toutes les opérations de réoccupation, de blocus, de sièges, de bombardements aériens ou d’éliminations ciblées, Tsahal n’a pu juguler le terrorisme. Bien plus, au bout de trois ans, comme l’a évoqué Uzi Benziman dans « Haaretz », le gouvernement Sharon a amené Israël à une situation générale, sur le plan de la confrontation avec les Palestiniens, infiniment pire qu’au jour de son élection : « Cet échec s’explique, selon Uzi Benziman, par la tendance du gouvernement de voir en la question palestinienne, un clou. Face aux Palestiniens, comme face aux pays arabes voisins, Israël se considère comme un marteau (adage américain). Alors que tous les responsables depuis le chef d’état-major jusqu’au chef de cabinet du gouvernement, en passant par des responsables politiques, l’horizon devrait être plus vaste et faire preuve d’un jugement plus équilibré ». Dans la pratique, rien n’a été consacré à un apport politique pour favoriser le dialogue israélo-palestinien, au-delà de la lutte contre les attentats-suicides et alors que le conflit appelle désespérément une solution de compromis. Celle proposée par Yossi Beilin, – accompagné de personnalités politiques d’importance, Amram Mitsna, Abraham Burg, Amnon Lipkin-Shahak, accompagnés de députés des partis Modéré ou Shinouï -, constitue, en effet, un remède à la déception légitime de l’accord d’Oslo, après trois années d’Intifada. Le contenu du Pacte de Genève, comprenant 50 pages, a été résumé à plusieurs reprises par la presse israélienne, en appuyant, d’une part, sur la renonciation des Palestiniens à l’essentiel du « droit de retour » remplacé par un dédommagement évalué par une commission internationale, et, d’autre part, sur la réalisation du Plan Clinton complété, à Taba, par la répartition des « quartiers ethniques» de la ville Est de Jérusalem, sans aucune division physique entre Israéliens et Palestiniens (arabes ou arméniens), la souveraineté par étapes sur l’Esplanade des mosquées (Mont du Temple), et surtout, l’installation de troupes internationales assurant l’ordre dans ces zones sensibles. Il s’agit, aussi d’un document représentant l’illustration de l’impasse où se trouve Israël. Un vide créé par l’incapacité de ses dirigeants de présenter une initiative politique, un projet, un espoir : « Le Pacte de Genève est cet espoir », affirme Uzi Benziman. D’autant que Arafat a donné son accord, en cours de discussion, au « Pacte de Genève » paraphé par son ancien ministre Yasser Abeb Rabo, accompagné des anciens ministres Hicham Abdel Razek, Nabil Cassis et des membres de la jeune direction du Fatah et du Tanzim, Kadour et Mohamed Hourani Farès, des hommes de Barghouti (approuvant de sa prison). Les attaques de Sharon, d’Ehud Ulmert ou Sylvain Shalom en particulier, étant tellement virulentes, les Palestiniens, dans leur grande majorité, ont considéré justement que « s’il est tellement mauvais pour Sharon, c’est qu’il est bon pour nous… ». La preuve est donnée par Ariel Sharon, lui-même, qui reconnaît, contre tous ses proches et ses alliés religieux de droite que le projet d’expulsion d’Arafat est dépassé au-delà du refus des Américains. De plus, après avoir paraphé leur accord à Amman, en Jordanie, Yossi Beilin et Abed Rabo ont rencontré, au Caire, le ministre des Affaires étrangères égyptien et le conseiller du président Moubarak, Oussama Elbaz. Donc, si les Egyptien prennent cette affaire au sérieux, l’opinion palestinienne et arabe ne peut l’ignorer. Sans compter, précise l’analyste de «Haaretz » Dany Rubinstein, « La révélation des noms des Palestiniens ayant participé à la négociation de Genève, amène l’opinion palestinienne à comprendre qu’il ne s’agit pas d’une simple initiative privée. Arafat et ses proches seraient bien derrière l’idée du « Pacte de Genève », Abed Rabo ayant dit, expressément, qu’il avait reçu la bénédiction d’Arafat, d’Abou Mazen et de Abou Ala… La publicité dramatique donnée au texte de l’accord, grâce aux colères de Sharon et de ses proches, ainsi que le soutien total d’Arafat reconnaissent, ainsi, à cette initiative, un poids international. D’où viendrait cette situation marquée par les excès de Sharon ? Avec Ulmert il va jusqu’à dire qu’Arafat ne cherche « qu’à sauver sa peau », d’autant qu’autour du Zaïm, à Ramallah, tous ses collaborateurs étaient convaincus que la mobilisation israélienne de réservistes était destinée à préparer une opération pour l’invasion de la Moukataâ. Donc Arafat malade et occupé à des querelles sans fin sur la composition de son gouvernement, pris de peur, aurait donné son accord à cette initiative Beilin-Rabo, pour prévenir l’action israélienne. D’où, probablement, les accusations ridicules de « trahison » de la part de Sharon… Quelles que soient les motivations prêtées à Arafat, l’essentiel est qu’une discussion israélo-palestienne soit capable de faire progresser la possibilité d’un arrangement. Et comme l’a dit Tony Lapid, le coléreux ministre de la Justice : « Certes, il faut tout faire pour renouer le dialogue avec les Palestiviens mais les négociations sont réservées au gouvernement légitime ». Le président Bush a laissé entendre que l’initiative des hommes politiques israéliens et palestiniens n’était pas concrète et se croit apparemment obligé de déclarer « il n’y aura pas d’Etat palestinien avec Arafat » (Le Monde). Mais, il reconnaît, par ailleurs (Le Figaro) : « Les Etats-Unis restent les deux boucliers à l’expulsion du président palestinien par Israël » d’où la nouvelle position étonnante, imposée à Sharon et rapportée par le Jérusalem Post. Yossi Beilin considère, modestement, que le « Pacte de Genève » n’a pas d’autre prétention que de servir, en temps voulu, de texte de référence : au cas où, enfin, le gouvernement israélien accepterait d’entamer un véritable processus de négociation de paix avec les Palestiniens et tous les voisins arabes. Dans tous les cas, le 4 novembre 2003, un « Pacte de Paix » de principe sera signé – solennellement -, à Genève, par Yossi Beilin et Yasser Abed Rabo. Combien même il ne représenterait qu’une nouvelle répétition de la signature du véritable « pacte définitif » entre l’Etat d’Israël et l’Etat palestinien.

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