Les cinéastes marocains affichent leur surprise face à l’hostilité égyptienne envers leurs productions

Les cinéastes marocains affichent leur surprise face à l’hostilité égyptienne envers leurs productions

L’équipe du film « Lola » et à leur tête son réalisateur Nabil Ayouch ont été surpris le 20 août, par l’annulation et la censure injuste et insensée de leur film par  le comité du Festival International du Film d’Alexandrie présidée cette année par Iris Nazmy et dont l’ouverture est prévue aujourd’hui et se poursuit jusqu’au 30 août 2008. Comment expliquer cette anarchie intellectuelle et artistique venant d’un pays où le cinéma a longtemps dominé les écrans du monde arabe par la qualité et la quantité de sa production, cet univers du 7ème art qui a vu fleurir de grands noms de réalisateurs égyptiens notamment ; Youssef Chahine, Mohamed Khan, Yousri Nasrallah…A qui le Maroc a souvent rendu de vibrants hommages?
Comment expliquer cette hostilité insensée envers la production cinématographique d’un pays ami, le Maroc, actuellement en pleine évolution et en plein bouillonnement artistique?
Rappelant qu’Iris Nazmy, présidente de cette nouvelle édition du festival du cinéma d’Alexandrie, avait confirmé la programmation du long métrage de Nabil Ayouch « Lola » lors de la conférence de presse qu’elle avait tenu le lundi 18 août au Caire.
La soudaineté d’une telle décision demeure très surprenante et  laisse perplexe toute l’équipe du film, sinon tous les créateurs et les responsables du monde du 7ème art national. La direction du festival n’a pas souhaité communiquer sur les raisons qui ont poussé à un tel retrait et n’a fourni aucune clarification ni aucun document officiel mentionnant sa décision. Mais tout porte à croire que le film est victime d’une censure faisant écho à certaines critiques parues dans un journal égyptien et qui avaient suivi la projection du film en avant-première mondiale lors du Festival International du Film de Dubaï en 2007. La critique avait mis en cause la mauvaise image de l’Egypte (et notamment de l’homme égyptien) mise en scène  par le film, à travers les trois principaux personnages masculins, l’un étant homosexuel, les deux autres étant accusés de « lâcheté ». Dans un communiqué de presse rendu public par Ali n’ Production, l’équipe du film « Lola » déclare : «Il semblerait que la direction du festival ait finalement été sensible à ce genre de critiques et ait donc décidé de censurer ce film dont l’objectif n’était évidemment pas de donner une mauvaise image de l’homme arabe, mais bien au contraire de jeter un pont entre les cultures orientales et occidentales, de pousser à une découverte et à un rapprochement de l’autre » et d’ajouter que les organisateur du festival d’Alexandrie justifient cette absurde décision par le fait que ce long métrage avait été projeté dans plusieurs festivals ». Notons que « Lola » a été remplacé par le film égyptien « Baisers Volés ». Dans une déclaration à ALM, Nabil Ayouch annonce : « Ces gens là, je ne les comprends pas. Il y a des contradictions que je n’arrive pas à expliquer. C’est un choix qu’ils ont fait eux-même et délibérément et du jour au lendemain, la programmation du film est annulée…Lola rend hommage à l’Egypte authentique, à la beauté de la danse orientale, à la générosité et la simplicité des citoyens égyptiens…Je ne vois pas en quoi ce film est-il  anti-égyptien ? Les organisateurs refusent de nous prendre en ligne. Ils rejettent toute forme de dialogue. Ils disent que le film « Lola» avait été tourné en Egypte de manière clandestine, ce qui est complètement faux » Les off de cette affaire : Il semblerait d’après Nabil que le film projeté à Dubaï avait été critiqué sévèrement par l’acteur égyptien Mahmoud Yassine. Pour Hassan Ben Jelloun dont le film « Où vas-tu Moshé » a subi le même sort que celui de Nabil, il s’agit tout simplement d’une sorte de phobie face à la production cinématographique marocaine en particulier et à la production maghrébine en générale qui commence à prendre de l’ampleur pendant ces  dernières années. « Ce genre de réactions ne me surprennent plus. Nous avons honoré à maintes reprises le cinéma égyptien, ses réalisateurs et ses artistes. Nous en sommes convaincus. Ce rejet est peut-être dû à une pression médiatique locale ou à leur ministère… Il est peut-être question d’un manque de coordination ou de planification».
Pour Mostapha Bardad, président des Unions des syndicats artistiques marocains «les Egyptiens ont peur de nos idées libérales et de notre liberté d’expression artistique. Nous devons défendre et mettre plus en valeur notre production artistique au sein même de notre pays. C’est de cette manière que notre créativité sera immunisée contre toute attaque étrangère et injuste».
Le festival du cinéma d’Alexandrie prévoit de rendra hommage à Touria Jebrane Kritif, première comédienne dans le monde arabe à occuper le portefeuille de ministre de la culture mais  en même temps censure et retire de manière irréfléchie des  productions cinématographiques nationales qui ont fait parler d’elles bien au delà des frontières marocaines.

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