«Les Marocains ne sont pas les seuls impliqués»

ALM : De plus en plus de Marocains sont impliqués dans des actes terroristes de par le monde. Peut-on parler d’un phénomène?
Abdelhaï Diouri : C’est effectivement un phénomène socio-économiquo-politique, mais qui ne se rapporte pas uniquement aux Marocains. Beaucoup de nos compatriotes sont cités dans les enquêtes concernant les derniers attentats terroristes certes mais ils ne sont pas les seuls à l’être. Al Qaïda, pour ne citer que cette organisation qui fait beaucoup parler d’elle, ne compte pas parmi ses membres que des Marocains. Beaucoup de Saoudiens, de Yéménites entre autres sont aussi très actifs au sein de cette organisation.
Qu’est-ce qui a poussé ces Marocains à se jeter dans les bras du terrorisme international?
Pour ce qui est des raisons qui ont poussé les Marocains impliqués dans plusieurs actes terroristes, elles sont de deux sortes. Les premières sont en relation avec la personnalité de chaque individu, de ses spécificités psychologiques et intellectuelles et de ses propres convictions. Les secondes se rapportent au contexte socio-économique et politique dans lequel il évolue. Au Maroc, les horizons pour la jeunesse sont très étroits. Le taux de chômage a atteint des proportions alarmantes. Le citoyen normal n’a plus d’assurance dans un avenir meilleur. Il n’est même pas assuré d’avoir un avenir même modeste. Une petite distinction très importante à mes yeux est à faire à ce sujet. Ce n’est pas la pauvreté et le chômage qui peuvent être les causes de l’embrigadement des citoyens par des groupes radicaux. C’est le manque d’espoir et les horizons d’avenir sombres qui en sont les raisons principales. Mais ce n’est pas un état de fait propre aux pays pauvres. Cette situation de désespoir est une caractéristique de notre époque postmoderne. Mêmes les citoyens des pays les plus développés en Europe et en Amérique par exemple, sont touchés par ce manque de vision d’avenir. Il n’y a qu’à voir le nombre de suicides qui sont enregistrés chaque année au Japon et aux Etats-Unis pour s’en rendre compte.
Serait-ce pour cette raison que la majorité des Marocains cités sont issus de l’immigration ?
Je tiens là également à relativiser puisque comme je l’ai dit en réponse à votre première question, il n’y a pas que les Marocains qui sont impliqués dans ces réseaux terroristes et ce ne sont donc pas tous les résidents marocains à l’étranger qui sont montrés du doigt. Ceci dit, le cas de ces derniers est un peu plus complexe. En plus des raisons précédemment évoquées, ils souffrent d’un manque de référentiel identitaire. Si en plus son avenir est sombre, cette jeunesse issue de l’immigration, dans sa quête d’identité, s’accroche à ce qui se trouve sur son chemin. Recourir à la religion, l’Islam en l’occurrence, est un refuge pour elle. S’y attaquer pourrait conduire à un effet contraire, c’est-à-dire aboutir à un renforcement des liens avec cette identité religieuse. C’est ce qui rend cette jeunesse facilement «recrutable» par les réseaux terroristes.
Quelle serait alors la responsabilité des pays d’accueil ?
La responsabilité est partagée. Comme dans une querelle de couple, le mari et l’épouse se jettent la responsabilité de leur différend. Cependant et dans tous les cas, provoquer la mort de personne innocentes ne peut bénéficier d’aucune légitimité.

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