Les révélations de Hammati Rabbani

Les révélations de Hammati Rabbani

La salle Mustapha El Khaoudi de l’Agence Maghreb Arabe Press (MAP) était particulièrement animée cette matinée  du lundi 4 juillet. L’invité du jour est de taille. Il n’est  autre  que Hammati Rabbani, un des anciens dirigeants du Polisario qui a rallié récemment la mère patrie qui tenait ce jour-là une conférence de presse. L’attente des journalistes, venus nombreux, ne durera pas longtemps. Et c’est  en véritable héros que M. Rabbani fera son entrée, entouré d’anciens ralliés qui ont, avant lui, regagné la mère patrie.
Le retour de Hammati Rabbani, celui qui a occupé plusieurs fonctions (ministre à deux reprises de la justice, de 1986 à 1988 puis de 1996 à 1999, il a également occupé le poste de secrétaire d’Etat à l’intérieur), vient ainsi enrichir la liste de ces milliers de Sahraouis qui ont préféré leur pays au mercenariat pratiqué par le Polisario, sous l’égide de la gente militaire algérienne.
D’entrée, l’homme, la cinquantaine, une forte carrure, un visage calme et souriant orné d’une barbe finement taillée, mais surtout fidèle à une réputation bien connue des habitants du Sahara, a annoncé la couleur : « J’appartiens à une famille noble, qui a eu à jouer un rôle d’arbitre entre les gens et qui n’a jamais su dire que la vérité. Ce que je vais vous dire n’est de ce fait que la stricte vérité. En cela je ne crains rien ni personne ». C’est pourtant en craignant  pour la vie de ceux qui ne manqueraient pas de prendre le même chemin que lui  qu’il préférera taire la manière avec laquelle il a réussi à regagner le Maroc. Une décision que M.Rabbani explique par trois principales raisons. La première est la démocratie qui règne sur le Royaume,  la deuxième est l’échec politique du Polisario. La troisième raison n’est autre  que l’évidence voulant que « dans cette ère de mondialisation que nous vivons, il n’y a de place que pour les grands rassemblements. Et seuls les plus fiables se maintiendront ». Dans une intervention qui en dit long  sur sa grande sagesse, M. Rabbani a donné une synthèse de ce qui semble être le fruit d’une longue réflexion : « Je ne conçois une solution durable et définitive au problème du Sahara que dans le cadre d’une régionalisation marocaine forte et courageuse qui pourrait conduire dans un deuxième temps à une forme d’autonomie. Cette régionalisation ne saurait prendre forme que si elle prend en considération les habitants de la région et leurs potentialités considérables pour construire les provinces du sud et renforcer le grand Maroc ».
Homme de piété et de culture, l’ancien ministre égaillait son discours de passages du Saint Coran et de poésie. Le tout pour dire l’attachement d’un homme pas seulement d’honneur, mais aussi de foi, à sa mère patrie. Et c’est en poésie que l’intéressé a prêté allégeance, « devant un Dieu tout puissant, à un Roi généreux et à une nation clémente et miséricordieuse ».
Témoin de la réalité des choses et des événements dans les camps de la honte, Hammati Rabbani en a gros sur le cœur. Dans des réponses brèves aux questions des journalistes, il n’en était pas moins précis. Notamment sur le caractère contradictoire des statistiques  des populations dans les camps de Tindouf. Une contradiction doublée d’autre, celle que la question n’est pas du ressort du ministère fictif de l’Intérieur, mais de l’administration chargée de la coordination avec la MINURSO. A cela s’ajoute l’absence de veille par les organisations internationales, à sa tête la MINURSO, sur la distribution des aides aux populations. « L’argent qui n’est pas contrôlé amène forcément à l’abus, la dilapidation et aux détournements ».
Des détournements dénoncés par celui qui dit que la justice dans les camps n’existe que pour les faibles. « Ce qui se passe dans les camps en matière de détournement rappelle pour moi le film le Parrain. Une poignée de mafias, qui échappent à toute justice, aidées par les seigneurs de la guerre, font fi de toutes les règles et s’adonnent à une véritable industrie qu’est le trafic des aides».
Chargé également des affaires islamiques, il a dressé un état des lieux des plus alarmants  quant à la montée de l’islamisme radical dans les camps. « Misère et ignorance aidant, les idées obscurantistes commencent à prendre racine et se propager comme les traînées de sables qui traversent un quotidien fait de dictature. Et il est à craindre qu’il ne cesse de gagner du terrain ». Une montée qui se déroule au vu et su des dirigeants du Polisario, sans que celui-ci y prête le moindre intérêt,  son intérêt à lui étant ailleurs. « Si le Polisario se maintient, c’est pour atteindre des objectifs autres que ceux dont il se proclame. Et toutes les décisions qui se prennent se font en dehors de toute démarche démocratique, chose dont de plus en plus de cadres sahraouis sont conscients », a-t-il déclaré, allusion faite aux cinq dirigeants militaires sahraouis qui ont récemment refusé d’obéir aux ordres de Ould Al Bouhali. C’est dans ce cadre que s’inscrivent également les soulèvements dans les camps. Des soulèvements que confirme M. Rabbani, affirmant que leurs étendue et dimension allaient certainement s’élargir. N’en déplaise aux représentants de l’ONU, qui disent ne pas avoir enregistré d’événements notables.
Comment donc expliquer le retour, sur la scène africaine, des reconnaissances de la Rasd ? «Quant mille mensonges sont accompagnés d’une valise contenant l’argent du pétrole, avec la montée du prix de ce dernier, cela donne une réalité à laquelle le bénéficiaire n’hésite pas à croire», commente-t-il. Quant aux groupes séparatistes  qui agissent de l’intérieur, il met leurs agissements sur le compte de l’ignorance de la réalité du polisario. «Je suis personnellement prêt à discuter avec des gens», s’est-il proposé. Dénonçant dans ce sens les manœuvres algériennes tendant à semer la zizanie dans la région, l’ancien responsable a affirmé que « les services de sécurité militaire sont présents partout dans les camps. C’est eux qui dictent les marches à suivre. Cela pose un problème de conscience pour plusieurs Sahraouis ». M. Rabbani en appelle dans ce sens à ce que les organisations internationales lèvent, une bonne foi et pour toutes, le voile sur la vague de chimères que certains cultivent chez les populations des camps.

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