Les victimes de Mohamed Abderrazak sur le carreau

Le jeudi 30 décembre, une quarantaine de familles seront chassées de chez elles. Leurs maisons seront vendues aux enchères en exécution d’une décision judiciaire prise par le tribunal de commerce de Casablanca au profit de le Crédit immobilier et hôtelier (CIH). Pourtant, elles ne sont pas redevables à cette banque. Leurs résidences, elles en ont payé la totalité du prix et ne doivent donc rien à personne. Il s’agit des propriétaires des villas construites par le Comité des oeuvres sociales (COS) de l’Office national de l’électricité (ONE) à Aïn Diab à Casablanca. Rien qu’au lotissement Mzouga 5, les victimes sont au nombre de 43 familles qui ont acheté des villas dans ce lotissement construit par le fameux COS dirigé par le non moins fameux Mohamed Abderrazak de l’Union Marocaine des Travailleurs (UMT).
L’Histoire remonte à la fin des années quatre-vingt lorsque le COS-ONE lance le projet de construction de résidences au profit des cadres de l’ONE. L’idée a tout de suite intéressé plusieurs fonctionnaires de cet établissement qui ont adhéré au projet qui leur permettra d’acquérir leurs propres logements. D’autant plus que les facilités de payement offerts par les promoteurs du projet étaient très encourageantes.
Toutefois, ce que les acheteurs desdites villas ne savaient pas est que le promoteur allait procéder à leur insu, en 1994, à la mise en hypothèque du lotissement Mzouga 5 en garantie d’un crédit bancaire qu’il obtiendra du CIH. Le montant du crédit est investi par le COS dans d’autres projets immobiliers. Il est à signaler que le COS a investi dans plusieurs projets immobiliers du même genre dont le lotissement dit Aïn Diab 2 qui compte une centaine de lots et qui connaît à son tour une situation conflictuelle qui risque d’exploser incessamment.
Mais, ce n’est qu’en avril dernier que les habitants de la résidence Mzouga 5 ont appris pour la première fois que leurs maisons sont hypothéquées. En effet, une décision du tribunal de commerce de Casablanca avait fixé la date du 28 mai 2004 pour procéder à la vente aux enchères desdites maisons au profit du CIH. Au CIH on leur expliquera que la banque avait accordé un crédit au COS-ONE pour la construction du lotissement en question et que ce crédit n’a toujours pas été remboursé par le COS. Or, les propriétaires affirment, preuves à l’appui, qu’ils ont payé la totalité des sommes qu’ils devaient au COS et que ce dernier refusait de leur délivrer leurs titres fonciers. La somme payée, qui dépasse en moyenne les 1.500.000 Dhs par résidence, n’a toutefois pas atterri chez le CIH puisque ce dernier revendique légitimement son dû. Donc, l’argent a vraisemblablement disparu quelque part entre les victimes et la banque. Ce qui signifie que le COS, alors dirigé par Mohamed Abderrazak, a peut-être réinvesti l’argent ailleurs provoquant une situation catastrophique qui a fini par menacer plus de quarante familles de se retrouver dans la rue. Or, en exigeant une intervention des responsables du COS pour qu’ils trouvent une solution à un problème qu’ils ont eux-mêmes créé, les acquéreurs arrivent à convaincre l’ex-patron du COS, Abderrazak, pour qu’il intervienne sur ce dossier. Il leur promit de vendre d’autres propriétés immobilières pour rembourser les dettes du COS envers le CIH. La banque accorda alors au débiteur un délai de grâce afin de permettre au promoteur de rembourser le crédit.
Mais, Abderrazak ne fera rien pour solutionner le problème. Pire : il démissionnera du COS quelques mois plus tard laissant derrière lui une situation financière explosive.
Devant cette situation, les responsables du CIH réactivèrent le dossier et le tribunal finit par fixer une nouvelle date de ventes aux enchères au 30 décembre courant. Aussi, selon les termes du crédit, chaque maison est débitrice de quelque 910.000 Dhs au profit du CIH. Toutefois, même si les prix dépassent ce montant – ce qui reste très improbable lorsqu’il s’agit de ventes aux enchères – le surplus reviendra au COS-ONE. Ce qui signifie que les propriétaires perdront tout ce qu’ils ont investi dans leurs maisons et se retrouveront dans la rue sans le sou.
Aujourd’hui, ces quarante victimes ont porté plainte contre le COS pour non-accomplissement d’un contrat puisqu’il refuse de leur délivrer leurs titres fonciers sachant qu’ils ont payé à cet organisme tout ce qu’ils lui devaient. Mais, le procès risque de prendre du temps alors que la vente aux enchères aura lieu dans quelques jours seulement.
« Que pouvons-nous faire devant une telle injustice ? », se demandent-ils désespérés. Ainsi, un organisme qui était censé faire de l’action sociale en aidant les fonctionnaires de l’ONE à acquérir leur logement fait totalement le contraire en privant plus de quarante familles de leurs maisons et de leurs épargnes qu’ils ont pu constituer sur plusieurs années. Une affaire qui a tous les ingrédients d’une grosse arnaque.

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