Osman : Ma part de vérité

Question : Tout d’abord, quel est votre commentaire sur la démission de James Baker de son poste d’envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU au Sahara ?
Ahmed Osman : Le départ de M. Baker était prévisible. Un diplomate de sa grande expérience ne pouvait admettre l’échec face aux tergiversations algériennes qui en fait ne défendaient ni des valeurs ni des droits mais tout simplement des intérêts hégémoniques. Il suffit de rappeler à ce sujet la position algérienne quant au partage de notre Sahara auquel tout le peuple marocain demeure très attaché.
Pour ma part, je ne vous apprends rien en vous rappelant que j’ai signé les accords de Madrid qui sont enregistrés aux services de l’Organisation des Nations Unies. Tous les débats au sein du R.N.I. vont dans le sens des négociations basées sur ces accords qui ont mis fin à la colonisation espagnole dans le droit fil de notre démarche pour Sidi Ifni.
Abordons maintenant la question du RNI. Pourquoi avez-vous accepté de coopter deux ministrables qui ne sont pas des militants du R.N.I. au détriment des cadres du parti?
Avant de répondre à votre question, j’aimerais vous faire remarquer que le R.N.I. n’est pas le premier parti à connaître ce genre de problèmes. D’autres formations ont subi la même situation. Pour votre information, notre parti a été déjà lésé dans la formation des gouvernements de Abderrahman El Youssoufi et du premier gouvernement Jettou.
Chaque fois nous avons fait passer en premier les intérêts de la Nation en participant aux gouvernements de l’alternance et au premier gouvernement constitué sous le règne de S.M. Mohammed VI, notre pays traversait une période assez sensible de son histoire, compliquée par les grandes mutations que connaît la scène internationale. Il était donc de notre devoir de ne pas manifester trop de rigidité d’autant plus que ce gouvernement se place dans la continuité du précédent et de son programme. Mais nous continuons au sein du R.N.I. et avec toutes les forces vives de la Nation à militer pour un gouvernement politique avec à sa tête un Premier ministre politique. Seule cette formule peut redonner espoir aux citoyens et les réconcilier avec la politique.
En répondant à votre question, je ne peux m’empêcher de me rappeler le discours de SM. le Roi Mohammed VI à l’occasion de la fête du Trône dans lequel il a insisté sur le rôle d’encadrement des partis. Est-ce que cette façon de choisir les ministres sert les partis ? Je vous réponds non. Maintenant ces ministres sont là. Technocrates ou politiques, tous doivent accomplir leur mission pour l’intérêt de la Nation.
Est-ce que le R.N.I. ne compte pas de jeunes cadres valables à même de prétendre à la ministrabilité ?
Au contraire, le R.N.I. regorge de cadres dans différentes disciplines. Qui prépare nos programmes ? Qui participe aux amendements des projets et propositions de lois ? Qui anime la vie de notre parti ? Qui participe aux différents débats politiques ? Ce sont les cadres de ce parti dont je suis fier. Je profite de cette occasion pour affirmer que notre parti dispose d’un fichier de cadres tel qu’il permet la constitution d’un gouvernement d’une qualité incontestable. Mais à condition que le choix et les propositions emanent des partis. Ce n’est que de cette façon que la responsabilité d’une formation politique peut être engagée devant S.M. le Roi, le Parlement et les citoyens lors des élections.
C’est pourquoi nous insistons pour que la loi électorale soit en mesure de mettre fin à la balkanisation de la carte politique et de dégager une majorité homogène et une opposition capable d’assumer le rôle qui lui revient dans une vraie démocratie.
Les parlementaires du parti et certains membres du B.P. sont en colère et en veulent au président. Cette contestation est-elle légitime à vos yeux ?
Nous sommes un parti démocratique. Le fait qu’il y ait des critiques est un signe de bonne santé. Mais il y a une loyauté envers le parti et une discipline à observer afin de rester dans la légitimité.
Ne craignez-vous pas que ce mouvement de contestation débouche sur l’éclatement du parti ?
Les parlementaires, les dirigeants, les cadres et les militants du parti sont suffisamment matures pour comprendre le cadre général dans lequel le remaniement « technique » a eu lieu.
Le plus important dans cette nouvelle expérience, et compte tenu des échos qu’elle a suscités, c’est de rester mobilisés pour défendre nos idées qui sont partagées par d’autres forces politiques. À savoir l’avènement d’un gouvernement politique, seul capable de permettre à notre pays de relever les défis et de faire face aux dangers qui le guettent et de donner un nouveau souffle à notre processus démocratique et confirmer ce qui est considéré comme une exception marocaine dans toute la région.
Ce changement auquel nous aspirons est la condition sine qua non pour une adhésion massive des citoyens en vue d’une réelle participation aux prochaines élections de 2007.
Les mécontents réclament la tenue d’un congrès extraordinaire. Quelle est votre réaction à cela ?
La tenue d’un congrès extraordinaire est réglementée par les statuts de notre parti qui subordonne cela à une approbation des deux tiers des membres du conseil national. Si cette condition est réunie, je n’y verrai aucun inconvénient. Comme vous le savez, le rôle d’un chef de parti est d’être en osmose avec les militants.
Vous avez beaucoup donné au parti que vous avez fondé en 1977. Ne pensez-vous pas que vous avez droit à une retraite méritée ?
J’ai eu la chance d’appartenir à une génération qui, très jeune, a eu l’honneur de servir son pays avec dévouement et loyauté. Quand j’ai fondé avec quelques compagnons le RNI en 1977, notre objectif était de renforcer la monarchie constitutionnelle et de développer le processus démocratique dans notre pays. En dépit des avancées enregistrées et des décisions courageuses de S.M. Mohammed VI, notre pays a besoin de toutes ses potentialités, toutes générations confondues. En ce qui me concerne, croyez-moi, même quand je partirai à la retraite, je continuerai à défendre les idéaux pour lesquels j’ai milité durant toute ma vie.
Depuis la formation du gouvernement Jettou il y a deux ans environ, vous avez régulièrement appelé à l’avènement d’un exécutif politique. Pensez-vous que cette revendication a des chances d’aboutir bientôt ?
Les prérogatives dans ce domaine reviennent constitutionnellement à S.M. le Roi. Notre rôle, c’est de faire des suggestions qui nous paraissent indispensables dans l’étape actuelle. En effet, la mobilisation que nous souhaitons pour le gouvernement politique va servir, par ailleurs, un autre volet non moins important, celui du développement économique et social du pays. Bien entendu, cela ne manquera pas d’avoir des répercussions sur notre image au niveau international.
Il est évident qu’il s’agit d’une position de principe et nullement d’animosité contre telle ou telle personne. D’ailleurs nos revendications vont dans le sens souhaité par S.M. le Roi qui, à plusieurs occasions, a parlé de mise à niveau du champ politique. E puis, y a-t-il meilleure mise à niveau que celle qui consiste à confier aux partis, forts de la compétence et de l’engagement de leurs cadres , le rôle que leur confère la Constitution ?

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