Rachadi : « Il fallait plus de volontarisme »

Rachadi : « Il fallait plus de volontarisme »

ALM : Quels reproches faites-vous de manière générale au projet de loi de Finances 2006 ?
Chafik Rachadi : C’est quasiment un projet de reproduction répétitive des lois de Finances des années précédentes, Dans sa structure, le budget 2006 est de 167 milliards de dirhams. 101 milliards de dirhams iront au budget de fonctionnement et 44,4 milliards pour le remboursement de la dette publique alors que 21,5 milliards sont dédiés à l’investissement.
Le projet de la loi de Finances est par ailleurs fondé sur un taux de croissance économique de 5,4% sur la base d’une campagne agricole moyenne; un taux d’inflation de 2% malgré l’impact de la hausse de la facture pétrolière ; un baril du pétrole à 60 dollars. Ce projet repose sur d’autres agrégats, à savoir  un taux de conversion du dollar à 9 DH ; un excédent du compte courant de la balance des paiements (1% du PIB) et un déficit du Trésor de 3,2 % du PIB.
Pour ce qui est des dépenses, 59,57 Milliards de dirhams sont consacrés pour les dépenses de personnel, 16,2 milliards pour les dépenses de matériel, 23,8 milliards pour les charges communes et 2,4 milliards pour les dépenses imprévues et dotations provisionnelles.
Le budget 2006 ne réserve que 1,5 milliard de DH à l’Initiative nationale pour le développement humain initiée par Sa Majesté le Roi. Compte tenu des excédents de liquidités dans les banques, le budget devrait être volontariste et financer le déficit des infrastructures de base. La masse salariale représente encore 13% du PIB, contrairement aux autres pays de la région où elle représente environ 8 %. L’endettement intérieur s’aggrave d’année en année. Avec 21,5 milliards de dirhams d’investissement, notre pays ne peut entériner la pose des jalons d’une nouvelle ère de modernisation de la texture économique. Au demeurant, il serait difficile pour le Maroc de créer les richesses nécessaires pour son développement et par conséquent ne peut favoriser la création d’emplois.

Ce projet de loi de Finances table sur une hausse des recettes douanières. Et si ces dernières ne sont pas au rendez-vous ? Qu’en est-il du système de compensation ?
C’est un peu paradoxal. Il est certain que les droits de douanes devront connaître une baisse, compte tenu des accords de libre-échange. Le Maroc considère son ouverture sur l’extérieur et le processus de libre-échange, aussi bien dans le cadre de l’espace euro-méditerranéen qu’en direction des pays arabes ou des Etats-Unis, comme un choix stratégique, vu l’importance que revêt la consolidation des relations nationales avec ces régions.
Il est vrai que les négociations avec les uns et les autres ayant concrétisé la conclusion de certains accords qui constituent une opportunité pour le Maroc pour diversifier ses marchés d’exportation, réduire sa dépendance commerciale vis-à-vis de l’Union européenne et tirer profit du dynamisme des économies, parties prenantes dans ces processus. En l’occurrence, celles qui se caractérisent par une forte résistance aux chocs extérieurs et par l’importance de la demande, à l’instar notamment de l’Union Européenne et des Etats Unis. Dans ce cadre justement, force est de constater que le libre-échange, qui est beaucoup plus qu’un simple objectif de politique commerciale, est un axe majeur de la politique économique domestique et un moyen de réduire les risques de conflits provoqués par la frustration économique.
En compensation, le Maroc table sur le dynamisme de son secteur économique pour créer des activités génératrices de droits et taxes de douane. Il est force de constater que les importations de pétrole, de céréales de biens d’équipement et des biens de consommation augmenteront à l’avenir les recettes douanières.

Un avis assez partagé veut que les députés et les conseillers n’aient pas de véritable rôle lors de la discussion et de l’adoption de cette loi. Qu’en pensez-vous ?
Il est évident que les députés n’ont pas un rôle de figuration. Au contraire, ils jouent un rôle déterminant dans l’étude du budget général et des budgets sectoriels à l’occasion de leur adoption et évidemment dans le contrôle de l’action du gouvernement.
Dès lors, les députés établissent les priorités et examinent les moyens adéquats en vue de réaliser les objectifs communs qu’englobe le développement soutenu de notre pays.
A ce niveau, nos maîtres-mots  se résument en le strict respect des principes que sont le développement humain, l’efficacité, l’efficience et l’économie.
Enfin, la qualité et la multiplicité des amendements proposés par les députés auront incontestablement droit de cité. Et, bien entendu, le gouvernement a toujours la possibilité de rejeter certains amendements proposés en application des dispositions de l’article 51 de la Constitution.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *