Sefiani : «Il faut être prudent et efficace»

Sefiani : «Il faut être prudent et efficace»

Aujourd’hui Le Maroc : Comment jugez-vous l’attitude de la société civile suite à l’enlèvement des deux employés de l’ambassade du Maroc en Irak ?
Khalid Sefiani : Nous ne pouvons pas dire que les actions de mobilisation, qu’elles soient menées de manière collective par différentes instances politiques ou de la société civile soient parfaites. Plusieurs jours après l’annonce du rapt de nos deux compatriotes employés de l’ambassade du Maroc en Irak, les différentes manifestations de solidarité ont été très timides. Certaines déclarations ont même péché par excès de zèle allant dans le sens d’une surenchère qui pourrait avoir des conséquences très néfastes.
Ce n’étaient que des déclarations destinées à la consommation médiatique locale. N’oublions pas que nos deux compatriotes sont entre des mains que nous ne connaissons pas. Difficile de prévoir alors la réaction des ravisseurs s’ils arrivaient à entendre ce genre de déclarations qui, pour certaines, ont frôlé l’insulte.

Selon vous, quelles sont les raisons derrière la rareté des marques de solidarité avec les deux Marocains séquestrés ?
Il ne faut pas faire un mélange entre les manifestations virulentes qui n’ont pour principal objectif qu’une sorte de marketing médiatique local et les actions sérieuses de solidarité. Manifester pour protester ne servirait à rien. Ce qu’il faudrait faire est de souligner grandement l’attachement du peuple marocain à son frère irakien. Les Marocains ont toujours soutenu les Irakiens dans leur lutte contre l’envahisseur.
Et je tiens à ce sujet à préciser que nous ne sommes nullement en train de proposer un troc. Tout ce que je veux dire est que l’enlèvement de ces deux personnes innocentes n’a absolument rien à voir avec l’évolution de la situation en Irak. Le peuple marocain – et les deux employés séquestrés en font partie – a régulièrement manifesté en faveur de la libéralisation de ce pays frère qu’est l’Irak. 

Peut-on faire le parallèle avec les différentes réactions suscitées par l’enlèvement des otages étrangers, notamment les trois journalistes français ?
Il est difficile à mon sens de faire des comparaisons entre ce que les enlèvements des journalistes français a suscité comme réaction de par le monde et celles engendrées par le rapt de nos deux compatriotes.
Et ce pour plusieurs raisons se rapportant essentiellement aux circonstances et aux objectifs de l’enlèvement qui sont jusqu’à présent dans le cas des deux Marocains inconnues.

Quelles remarques faites-vous au sujet de la réaction officielle du gouvernement ?
Nous ne pouvons pas juger la réaction officielle dans ce genre de situation. Tant que nous ne disposons pas de tous les éléments en main, tant que nous ne sommes pas au courant de toutes les négociations qui se font, à plusieurs niveaux, avec les ravisseurs ou leurs proches, tant que nous n’apercevons que la partie visible de l’iceberg, difficile de se prononcer.
Le proverbe dit que le silence est en or. Et dans une situation où la moindre déclaration pourrait être comprise de travers et avoir des répercussions très dangereuses, surtout s’elle émane d’un officiel.

Donc vous recommandez de ne rien dire. Conseillez-vous aussi de ne rien faire ?
Pas du tout. Ce qu’il faudrait mettre le plus en exergue à mon avis est cette grande sensibilité que développe le peuple marocain quant à la souffrance du peuple irakien. Depuis de nombreuses années et à plusieurs reprises, des millions de Marocains n’ont jamais hésité à sortir dans la rue pour crier haut et fort leur condamnation des actes de barbaries que vit au quotidien cette partie du monde arabe. Ces deux otages sont des Marocains qui sont, je l’imagine, très sensibles à cette souffrance.
A présent, ce qu’il faudrait organiser seraient des actions responsables et ciblées qui ne risqueraient pas d’être inondées dans cette masse de solidarité. N’oublions pas que l’enjeu est grand puisqu’il s’agit de la vie de deux êtres humains. Il s’agit d’être à la fois prudent et efficace. Gare aux dérapages.

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