Sharon, le bulldozer politique

Ariel Sharon a-t-il profité mardi d’un manque d’alternatives proposées par ses adversaires, surtout les travaillistes ? Son programme pour ces élections législatives anticipées n’avait pourtant rien d’innovateur.
Concernant les Palestiniens, le chef du gouvernement a toujours répété, depuis le début de son mandat en mars 2001, qu’il refusait d’engager des négociations avant «l’arrêt total du terrorisme». Il a aussi exigé des réformes de l’Autorité palestinienne et la mise à l’écart de son président, tout en s’appliquant, depuis plus d’un an, à assiéger Yasser Arafat à Ramallah et à interdire aux responsables de se déplacer à l’intérieur et hors des territoires occupés. En muselant ainsi la vie politique palestinienne, Ariel Sharon a même réussi à entraîner de fait le report sine die des élections générales prévues fin janvier. Certes, l’ancien général s’est récemment risqué à évoquer la création d’un Etat palestinien, mais il y a apposé une série de conditions draconiennes. Il a aussi donné son accord de « principe » au plan de paix prévu par le Quartette, tout en s’efforçant de repousser les rendez-vous qui auraient pu le concrétiser. Chacune de ses petites «concessions» verbales vis-à-vis des Palestiniens a toujours été démentie par les faits, ou suivie d’un revirement de situation totale. Car Ariel Sharon n’a jamais proposé de véritable plan pour un règlement politique du conflit, depuis son arrivée au pouvoir.
Contre le travailliste Ehoud Barak en 2001, il avait mené campagne sur le thème de la sécurité et de la fermeté. Il avait promis de mater l’Intifada et de reprendre le contrôle de la Cisjordanie. Or, depuis son accession au pouvoir, le nombre de victimes israéliennes n’a cessé de croître. La réoccupation militaire de la Cisjordanie, les démolitions de maisons, les arrestations en masse et les exécutions de Palestiniens n’ont fait qu’intensifier l’escalade meurtrière et alourdir le bilan des victimes des deux côtés. M. Sharon, à partir du moment où il s’est rendu sur l’Esplanade des Mosquées le 28 septembre 2000, a d’ailleurs sciemment fait de la violence son jeu allant jusqu’à rendre caduques le plan Tenet et les accords d’Oslo. Paradoxalement, le chef du gouvernement a raffermi ses liens avec les Etats-Unis à la faveur des attentats du 11 septembre et de la lutte internationale contre le terrorisme. Il a ainsi poussé Washington, où il s’est rendu au moins cinq fois durant son mandat, à prendre plus clairement parti pour sa politique aux dépens de la paix.
Cette grave détérioration de la situation en matière sécuritaire a bien entraîné un déclin sensible de sa cote de popularité, sans pour autant le fragiliser sur la scène nationale. Cette politique musclée a par ailleurs été permise par une forte augmentation du budget militaire aux dépens des mesures sociales. Israël connaît pourtant une crise économique grave, avec un taux de chômage de 10,5 %, une baisse du salaire moyen de 5 %, une inflation de 6,5 %, et une croissance annuelle inférieure à 1 %. Le journal de gauche Meretz (Le Pays) a écrit, début janvier, que la politique de Sharon a toujours placé «les colons en tête des intérêts nationaux au détriment des secteurs les plus faibles de (la) société». Et le quotidien israélien d’ajouter que «ces vingt (derniers) mois resteront en effet comme l’un des pires moments de l’histoire d’Israël». Ces 20 mois avaient débuté le 7 mars 2001 lorsque Ariel Sharon avait présenté son gouvernement d’Union nationale avec le parti travailliste. Ils se sont achevés le 30 octobre 2002 par le départ du camp de Shimon Pérès, laissant au premier ministre, pour seul obstacle, son propre parti et les faucons de Benjamin Netanyahu.

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