Thérapie de choc pour un secteur sensible

Les responsables marocains y croient. C’est l’essentiel. 2010 c’est loin mais cette échéance rime avec 10 millions de touristes. Le Maroc, si tout va bien, les accueillera sur son sol. La politique doit contenir une part du rêve, alors rêvons.
La 3èmes Assises du tourisme – dont l’organisation a coûté près de 10 millions de DH entre hôtellerie, billets d’avions et communication-, qui ont eu lieu pendant toute la journée du vendredi 14 février à Agadir ont enfermé les participants dans une grande bulle d’espoir . Pourvu que le Royaume réussisse son pari même si beaucoup de professionnels et d’institutionnels affichent une mine dubitative. Mais le ministre du Tourisme, le jeune et sémillant Adil Douiri, était là pour convaincre les sceptiques en martelant, avec les accents de la sincérité, que le beau défi de 10 millions de touristes est jouable. Après tout pas de raison de ne pas partager son optimisme. La menace d’une deuxième Guerre du Golfe est-elle présente dans tous les esprits? À l’aise aussi bien dans la langue de Molière que celle de Shakespeare, le ministre néo-istiqlalien, lors d’une conférence de presse donnée à l’occasion, balaie cette peur d’un revers de la main. “ En cas de conflit en Irak, notre tourisme sera certes affecté mais la durée de la crise sera de courte durée. Quelques mois de souffrance avant le retour à la normale“, affirme-t-il sur un ton énergique. Une chose est sûre : les effets de la première guerre du Golfe sur le secteur ont duré plusieurs années de l’avis des professionnels. Ce qui dément l’assurance affichée par le ministre. La lettre royale, lue par le Premier ministre, Driss Jettou, a fait allusion à ce facteur exogène en invitant les partenaires concernés à travailler “avec détermination pour gérer au mieux les répercussions négatives des difficultés qui se profilent à l’horizon, sans hésitation ni retard dans la mise en oeuvre de notre plan decennal”.
Tout au long de cette rencontre, qui se veut un bilan d’étape du contrat-programme signé en 2001 entre les pouvoirs publics et la Fédération du tourisme de la CGEM qualifié par son président Mohamed Benamor de “stratégie de rupture”, les interventions des responsables publics avaient au moins le mérite d’être franches même si un côté “mise en scène“, renforcé par le recours à des techniques de communication modernes ( deux écrans géants et un décor emprunté aux talk-show de la télévision), a dominé un peu les travaux. L’économie générale de ces assises aurait gagné à être animée d’autant plus par un esprit de débat qu’elles ont connu la présence d’opérateurs privés nationaux et étrangers. Ces derniers avaient certainement des choses à dire, des avis à émettre et des expériences à échanger. Le contenu s’en trouverait, à coup sûr, rehaussé. Fait nouveau cependant, les walis concernés par le développement touristique (M.M Ali Ghannam, Benhima, Hassad, Arafa) ont été invités tour à tour à présenter devant l’assistance, pendant la matinée, les projets en cours dans leurs régions respectives, Agadir, Casablanca, Marrakech et Fès. Une manière de faire la promotion de celles-ci en s’impliquant personnellement.
Bonne opération de communication en direction des étrangers présents qui ont été impressionnés par la vigueur et le sang nouveau de cette manifestation, symbolisés notamment par le ministre du Tourisme Adil Douiri et son collègue du Transport et de l’Équipement Karim Ghallab. En ce sens, l’innovation est visible, la rupture remarquable.
Le Maroc qui en veut. Le Maroc, toutes ambitions dehors. Le pays tout entier dopé par le projet des six nouveaux sites balnéaires et suspendu à leur réalisation. Formidable stimulant des énergies. Des “Costa Del sol” à Taghazout, Haouzia, Saâidia…Pour certains c’est trop beau pour être vrai, pour d’autres c’est vrai parce que c’est beau.
Hissé au rang de priorité nationale, objet de tous les égards grands et petits, le secteur touristique national tiendra-t-il ses belles promesses ? “ Peut-être que nous n’atteindrons pas les 10 millions de touristes prévus en 2010. Mais la stratégie actuelle est une plate-forme extraordinaire pour faire sauter les verrous qui freinent le développement de cette activité“, reconnaît un cadre du ministère du Tourisme. Et ce n’est pas les obstacles qui manquent. Outre la fiscalité que les professionnels jugent pénalisante et la promotion du produit Maroc à l’étranger qui reste à réinventer, il y a le problème non moins central du transport aérien que le Souverain a soulevé d’ailleurs dans son message aux participants. Depuis des années, les critiques se sont cristallisées autour de ce dossier. En première ligne, la RAM. Intervenant parmi les intervenants dans la table ronde consacrée au transport aérien, le président-directeur général de la compagnie, Mohamed Berrada, a préféré botter en touche avec l’air de dire : “Je ne comprends pas vraiment en quoi la RAM gêne à ce point l’essor du tourisme au Maroc“. Visiblement exaspéré, M. Berrada finira par lâcher : “ C’est à l’État, actionnaire majoritaire de la RAM, de déterminer la politique aérienne idoine pour accompagner efficacement la stratégie 2010“.
Prenant ensuite la parole, le ministre de tutelle, Karim Ghallab, fera un plaidoyer en faveur de la libéralisation du ciel annonçant la décision du gouvernement de lancer des appels d’offres d’ici à la fin de l’année pour l’exploitation de certaines lignes domestiques par des transporteurs privés à des coûts très bas. Ce qui n’était pas du goût de Mohammed Berrada qui a pris cela comme une attaque directe contre la RAM. Le tourisme national va-t-il finalement décoller pour voler très haut ?

• DNES à Agadir
Abdellah Chankou

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