Un fin stratège

Ce qui attire d’emblée chez lui, c’est cette expression mystérieuse qui imprègne constamment son visage rond barré d’une paire de lunettes de vue. Petite taille mais grande intelligence. C’est ainsi qu’il est décrit généralement par ceux qui le connaissent. Ces derniers trouvent aussi cet homme au parcours sans anicroche un peu hautain sur les bords. Mais à Abdelhak Bennani, 58 ans, le groupe Wafabank doit beaucoup de l’avis même de ses adversaires. En effet, c’est ce lauréat des grandes écoles françaises, ancien directeur administratif et financier de la CNIA, souffrant d’un handicap au niveau des pieds, qui a développé la banque en faisant d’elle ce qu’elle est maintenant, un groupe qui rivalise avec les grandes banques de la place. On lui reconnaît en effet d’avoir initié une dynamique nouvelle au sein de la banque depuis sa nomination en 1976 à la direction générale par le lancement à partir de 1980 des premiers produits innovants (cartes de crédit, distributeurs automatiques et formules d’assurances pour les particuliers…) qui favorisent le renouvellement et le rajeunissement du fonds de commerce. Entre 1986 et 1991, cet établissement privé, à partir d’une dizaine de filiales nouvelles, devient un véritable groupe financier et parafinancier. En 1993, Wafabank opère une augmentation du capital et s’ouvre au public. Une opération qui a rencontré un succès considérable. Un an plus tard, avènement d’une nouvelle politique avec la mise en place de nouveaux métiers. C’est ainsi que fut créé la direction du marché des capitaux qui regroupe Wafa Gestion, Wafa bourse et Wafa Trust. Cependant, cette capacité à anticiper et à moderniser ne s’est pas traduite paradoxalement par un management moderne. Celui-ci est resté dominé par une culture familiale doublée d’une vision clanique aiguë. Ainsi, le recrutement pour les postes-clés ne s’opère jamais en dehors de la famille. Partout des Bennani au point que certains cadres parlent avec ironie de Mamabank. Or, il arrive souvent à ce fin stratège, auquel on prête également un rôle important dans la création récente de certains partis politiques d’essence libérale, de ne pas se remettre en cause, se cadenassant définitivement dans la posture de celui qui sait tout. D’où sa propension à prendre des décisions en solitaire sans consulter ses collaborateurs. C’est ce qui explique certainement le fait que son professionnalisme et sa rigueur aient été pris en défaut dans son opération d’acquisition des 34% de Crédit du Maroc qui a tourné à un énorme gâchis financier. Tout Pdg qu’il était, doté des prérogatives d’un véritable patron, Abdelhak Bennani n’était qu’un salarié des héritiers Kettani. Ces derniers en l’écartant des négociations avec la BCM le lui ont rappelé d’une manière pour le moins brutale. Ingratitude ?

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