Une vision erronée

Une vision erronée

Lors d’une conférence-débat organisée par la Fédération de l’Energie, le 16 octobre dernier, l’ancien ministre de l’Energie, Youssef Tahiri s’est fait remarqué par l’assistance lors de son intervention en guise de réaction à l’allocution du ministre des Finances et de la Privatisation, Fathallah Oualalou. Ce dernier était l’invité central de la conférence-débat dont le thème était « Attractivité et croissance ». En effet, Tahiri a pris la parole de manière très énergique, après avoir félicité fathallah Oualalou pour sa dernière consécration comme meilleur ministre des Finances du monde arabe. Tahiri s’est posé la question de savoir si la maîtrise des équilibres fondamentaux est toujours justifiée au Maroc. Pour lui, notre pays est entré dans une phase où plusieurs grands chantiers ont été lancés. Il estime que les défis sont aujourd’hui énormes. Et pour cause, la résorption du problème de l’habitat insalubre passe inéluctablement par une participation financière de l’Etat dans la promotion des logements sociaux. Cet effort nécessite évidemment des fonds considérables que seul le gouvernement peut débloquer. De même pour l’infrastructure routière, un élément important dans l’équation du développement économique et social. Dans ce cas aussi, l’Etat, bien qu’il sollicite le secteur privé dans le cadre des partenariats public-privé, sera toujours appelé à mettre la main dans la poche pour financer les constructions des routes et des autoroutes. Sans oublier le fameux projet du Port Tanger-Méditerranée, un des plus importants chantiers du Maroc dans les cinq prochaines années. Tous ces projets et bien d’autres ne peuvent voir le jour sans une implication financière de l’Etat. En tout cas, c’est un choix stratégique pour le Maroc et toute marche arrière est impossible. Face à ce constat, Tahiri et bon nombre d’autres observateurs sont en droit de se demander si la politique monétaire du Maroc, telle qu’elle est pensée et appliquée actuellement par le département Oualalou, est en harmonie avec les projets stratégiques du pays. Une réponse par l’affirmative serait difficile à faire dans l’état actuel des choses. Schématiquement, certains reprochent à la vision de Fathallah Oualalou d’être justement en déphasage avec la stratégie de développement du pays, basée sur le lancement de grands chantiers et donc d’une augmentation substantielle des investissements publics. Oualalou préfère justement limiter au maximum l’intervention financière de l’Etat dans les secteurs non productifs comme c’est le cas pour l’habitat et l’infrastructure économique. Autre aspect de la vision Oualalou fustigé par Tahiri, la dette marocaine. Ce dernier l’a estimée à 15 milliards de dollars. Il a été rectifié par le ministre qui a parlé de 14 milliards de dollars puis 13 milliards de dollars. Quel que soit le chiffre exact, l’augmentation de la dette extérieure ne devrait pas être un complexe pour le Maroc, estime Tahiri. Il n’y a pas de mal à cela du moment que nous nous endettons pour financer des projets nécessaires au développement social et à l’attractivité économique. Il donne pour corroborer sa thèse, l’exemple de la Tunisie qui n’a pas de scrupule à afficher un stock de dette externe qui atteint les 36 milliards de dollars. Or, personne ne peut dire que l’économie tunisienne est en déconfiture. Bien au contraire. Par ailleurs, la vision Oualalou a été sévèrement critiquée par Tahiri sur l’aspect du déficit budgétaire qui tourne autour des 3%. Même raisonnement que pour la dette externe. Le moment est venu pour le Maroc de transgresser cette orthodoxie et oser aggraver son déficit budgétaire. A tout cela, la vision Oualalou peut répondre en une phrase. Pour lui, le Maroc est aujourd’hui en train de payer les engagements que les anciens gouvernements ont contractés il y a 15 ans. Le ministre s’est interdit « d’hypothéquer l’avenir des générations futures » en leur laissant en héritage une dette insurmontable. A noter que lors de cette conférence-débat, les professionnels du secteur de l’énergie ont exposé leurs revendications pour permettre la compétitivité de notre économie. Ils ont ainsi mis l’accent notamment sur la liberté des transferts des capitaux, la fiscalité sur les bénéfices industriels et commerciaux et sur les revenus des personnes physiques, la législation sociale (le problème de la flexibilité) et la réforme de la justice.

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