Vers la fin du radicalisme syndical

Les apôtres de l’avant-gardisme syndical continuent à voir dans le syndicalisme un moyen de changer les rapports de forces non seulement au sein des entreprises et dans le domaine du travail, mais également au niveau de la société, en général, et vis-à-vis du champ politique, en particulier. « Comme ce chevalier de l’Arioste qui continuait à se battre sans savoir qu’il était mort », comme le dit A. Dumas.
Le cas le plus manifeste qui confirme cette ligne de conduite et de perception est de celui de la CDT, non seulement à l’égard au parti qui lui a donné naissance, en l’occurrence l’USFP, mais également par rapport aux courants de la gauche qui partagent la responsabilité avec les dirigeants de cette centrale. Née dans le feu de l’action politique et des acquis réalisés suite à sa participation politique aux institutions élues et au niveau de la défense de l’intégrité territoriale du Maroc, la centrale de Noubir Amaoui s’est proclamée depuis le premier jour de sa naissance comme étant la continuité du mouvement syndical marocain authentique ; avec toute ce que cette « identité » signifie en termes d’attaches politiques et de gestion « démocratique interne». Peu de temps après sa création en novembre 1978, la nouvelle centrale, à travers ses secteurs les plus dynamiques, notamment les Phosphates, la Santé publique, l’Enseignement public primaire et secondaire et les Postes et télécommunications s’est fait une réputation de syndicat contestataire.
La grève générale observée dans la Santé publique et l’enseignement, les 10 et 11 avril 1979 lui a valu le respect de l’ensemble des forces de l’opposition à l’époque, y compris des courants qui voyaient en sa création un acte dirigé contre l’unité de la classe ouvrière. Mais à partir de 1981, particulièrement depuis le débrayage du 20 juin, les effets qui s’en suivirent et l’adhésion de nouvelles tendances politiques, telle l’OADP, à ce syndicat, celui-ci a commencé à surestimer ses forces et à vouloir imposer ses vues à l’ensemble des partenaires politiques. Au début des années quatre-vingt -dix, le Secrétaire général de la CDT est allé jusqu’à vouloir s’ériger en tant qu’acteur politique incontournable. Ses remontrances à l’égard de Feu Hassan qui devrait, à son avis, « régner sans gouverner », sont restées sans suite. En revanche, ses critiques vis-à-vis du gouvernement de Azeddine Iraki lui ont valu deux années de prison ferme, dont il a passé plus de la moitié.
Après le quatrième congrès de ce syndicat, tenu à Laâyoune , sept courants politiques ont eu droit à la représentativité au sein du Bureau exécutif . Cette pléthore politique ne s’est guère traduite sur le plan de la pratique par un élargissement du champ d’action syndical, mais plutôt par un retrait forcé de l’USFP de la direction.
La constitution par Noubir Amaoui et Abdelmajid Bouzoubae d’un nouveau parti politique a accentué les divergences entre la CDT et le parti du Premier ministre.
En dépit du ton modéré ayant caractérisé le discours du S.G. de la centrale lors de son Conseil national du 9 février 2002, les dirigeants du Congrès national Ittihadi, qui appelaient à une nouvelle grève générale, pour se démarquer de leurs anciens « camarades », sont restés intransigeants en ce qui concerne la ligne politique contestataire de la CDT. Mais, sauront–ils résister à l’usure du temps et au changement ?

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