Abdul Qadir, un chef au passé controversé

Les funérailles du vice-président Qadir assassiné samedi ont été ce dimanche à l’image de la place prépondérante qu’occupait l’homme au sein de la nouvelle direction afghane. Ce Pachtoune avait été nommé en juin dernier au poste de vice-président pour calmer les membres de sa communauté, qui s’estiment lésés au profit des Tadjiks de l’ex-Alliance du Nord.
Egalement ministre des Travaux publics, Abdul Qadir était un personnage charismatique qui n’avait, par exemple, pas hésité à quitter la conférence sur l’avenir du pays, à Bonn (Allemagne) en décembre 2001, jugeant insuffisant le nombre de Pachtounes représentés. Ex-gouverneur de Nangarhar, dans l’Est, Qadir avait surtout eu l’occasion de se faire de nombreux ennemis. Il avait certes joué un rôle de premier plan dans la chute du régime Taliban, fin 2001, mais son histoire personnelle est aussi émaillée de nombreuses zones d’ombre.
Ce qui multiplie les possibilités de vengeance et le nombre de groupes capables de l’avoir assassiné samedi… Dans les années 80, Qadir était l’un des chefs les plus importants de Hezb-e-Islami, une faction dirigée par le clerc islamique conservateur Yunus Khalis. La ferme de ce dernier, dans la région de Farmada, près de Nangarhar, avait servi de base à des centaines de combattants d’Al-Qaïda sous le régime Taliban.
Gouverneur de la province de Nangarhar de 1992 à 1996, Qadir avait lui-même accueilli Oussama ben Laden et ses 180 militants arabes à leur arrivée à Jalalabad, son fief et lieu d’inhumation dimanche. Le chef du réseau Al-Qaïda et ses hommes avaient été salués par Qadir et son lieutenant l’ingénieur Mahmood, l’homme qui a ensuite proposé à Ben Laden de rester en Afghanistan. Lorsqu’il dirigeait Nangarhar, Qadir avait aussi été critiqué par le Programme de l’ONU de contrôle des stupéfiants (UNDCP) pour n’avoir pas suffisamment oeuvré à la réduction de la production d’opium dans la région. Il était également réputé pour diriger un trafic lucratif de produits manufacturés en provenance des Emirats Arabes Unis vers l’Afghanistan. Qui sont les deux hommes qui ont abattu Qadir alors qu’il quittait en voiture son ministère samedi ? Nul doute que l’enquête ordonnée par Hamid Karzaï lui-même sera émaillée de nombreuses hypothèses.

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