Assemblée générale de l’ONU : Sarkozy refuse de parler de guerre contre l’Iran

Assemblée générale de l’ONU : Sarkozy refuse de parler de guerre contre l’Iran

Il a suffi aux observateurs attentifs de la vie politique française de jeter un regard furtif sur les images de Nicolas Sarkozy se livrant à quelques foulées de jogging sur le bitume new-yorkais en compagnie de son ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, pour conclure à une véritable opération de communication destinée à cacher un profond malaise. Même s’ils ont accepté, tous les deux, de partager la partition de l’ouverture, Sarkozy et Kouchner, à cause d’un évident fossé générationnel nourri d’expériences politiques différentes, n’ont toujours pas développé cette proximité qui rendrait naturelle une telle posture. Le visage fermé, la démarche raide, les deux hommes exécutaient manifestement un jeu de rôle destiné à produire un message de consensus, de retrouvailles, voire de réconciliation.
C’est que, comme un gigantesque dommage collatéral de la crise du nucléaire iranien, leurs relations viennent de frôler la rupture et le désaveu. Bernard Kouchner était monté au firmament de l’actualité internationale en étant le premier leader européen à parler de «guerre» contre l’Iran. Si cette position a indéniablement boosté sa popularité auprès des faiseurs d’opinions américains, lui offrant des tribunes d’expression et de visibilité inédites pour un Français depuis que l’ancien locataire de l’Elysée, Jacques Chirac, s’était fermement opposé à l’invasion américaine de l’Irak, Bernard Kouchner a mis l’actuel président en grande difficulté politique.
Durant tout son séjour à New York, Nicolas Sarkozy a dépensé son énergie à atténuer et à gommer les effets désastreux des déclarations belliqueuses de son ministre des Affaires étrangères. Sur deux points essentiels, le désaveu était tranchant. Sur le vocabulaire d’abord : «Pour ma part, je ne prononce pas le mot guerre», avait martelé Nicolas Sarkozy à la presse américaine pour bien marquer sa différence et son territoire. Sur l’agenda ensuite, quand, en pleine campagne d’explication, Kouchner s’est dit prêt à sen rendre en Iran, l’oracle élyséen est tombé: «Je ne pense pas que les conditions pour un voyage à Téhéran soient actuellement réunies (…) dans les couloirs de l’ONU, on peut discuter. Un voyage à Téhéran , c’est autre chose».
Il paraît clair aujourd’hui que par ses déclarations guerrières, Bernard Kouchner a non seulement volé la vedette à Nicolas Sarkozy, mais il a mis aussi la stratégie présidentielle à l’égard de l’Iran en grande difficulté. Alors qu’il semblait avoir bâti son discours sur la fermeté intransigeante, le refus absolu de voir l’Iran accéder à l’arme nucléaire, il s’est retrouvé, pour ne pas conforter l’approche va-t-en guerre de son ministre des Affaire étrangères, en train de jouer les pacifistes chiraquiens qu’il abhorrent tant comme Dominique de Villepin qui continue de le narguer en lui donnant des leçons de maintien : «Il y a un infléchissement dans la politique française dans un sens qui peut paraître aujourd’hui un rapprochement, parfois même un alignement sur certaines positions de l’administration Bush (…) Je m’en inquiète (…) parce que c’est une administration finissante, qui s’est beaucoup trompée» en matière de politique étrangère.
De manière générale, la relation entre Bernard Kouchner et Nicolas Sarkozy contient les ingrédients d’une grande crise à venir. N’avait-on pas affirmé à plusieurs reprises, lors de la nomination de Kouchner au Quai d’Orsay, qu’il serait étroitement encadré par le Monsieur «diplomatie et sécurité» de l’Elysée, l’ancien ambassadeur à Washington, Jean-David Levitte? Encadrement raté puisque sur deux crises majeures qui secouent le monde, l’Iran et l’Irak, la diplomatie française s’est distinguée par des zigzag tournoyant, faits d’excuses, de reniements et de démentis, comme si le gouvernement français vivait les pires moments de la cohabitation.
Nicolas Sarkozy, et son égo multidimensionnel, peut-il continuer à accepter le voisinage d’une personnalité comme Bernard Kouchner, mue par une irrésistible envie d’exister et une gourmande tendance à capter la lumière? L’argument iranien et ses paradoxes, sous les feux de la rampe onusienne, auront montré les limites d’un tel exercice.
 

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