Carnets parisiens : France : La politique éclipsée par le rugby

Carnets parisiens : France : La politique éclipsée par le rugby

Par les temps qui courent en France, il vaut mieux ne pas être allergique au ballon ovale. Sinon, l’exil forcé et l’autisme choisi sont votre seul recours. La Coupe du monde du rugby est partie avec la déflagration d’un feu d’artifice coloré d’un 14 juillet. Même s’il bénéficie d’un a priori positifs, d’une odeur de terroir, parfum de grand-mère, le rugby reste, en termes de popularité et de pratique de masse, d’une confidentialité qui se situe loin derrière la suprématie absolue du football.
D’où cet effort pédagogue d’en expliquer les règles, d’en extraire l’essence qui fait son charme et son originalité lancé depuis des semaines par les plus grandes chaînes de télévision françaises. Effort salutaire destiné à séduire de nouveaux adeptes à cette «ovalie» déferlante. Une passion collective semble déjà à l’œuvre pour accompagner cette Coupe du monde. La preuve est régulièrement donnée par les billets d’entrée pour les matchs qui se sont évaporés comme des papillons sur la toile.
L’effort de séduction, au sens premier du terme, avait déjà débuté de manière fracassante en France lorsque les joueurs de son équipe nationale du rugby avaient surpris jusqu’à leur entraîneur Bernard Laporte en se livrant à un sensuel travail d’exhibition. Ce fut à travers les célèbres photos noir et blanc du calendrier «Le Dieux du stade». Les quinze joueurs avaient posé nus devant l’objectif lascif du photographe Mariano Vivanco, l’auteur de la fameuse publicité Dolce & Gabbana avec les footballeurs italiens. Les rugbymen avaient étonné par l’alliance d’une virilité manifeste à une féminité assumée créant une polémique licencieuse d’une extraordinaire vivacité. Bernard Laporte, le sélectionneur de l’équipe de France, est un personnage atypique. Il fait partie des meilleures armes de séduction du rugby français. L’entendre parler avec son accent chantonnant du monde du rugby, commenter la prestation de son équipe ou l’exploit de son adversaire vous donne tout de suite, sinon envie de vous noyer avec fougue dans une mêlée, du moins de participer activement à la fameuse troisième mi-temps, célèbre pour ses dérives et ses excès. Bernard Laporte est un sélectionneur en sursis. Son soutien bruyant au candidat Sarkozy lors des dernières présidentielles lui a valu d’être nommé secrétaire d’Etat à la jeunesse et aux Sports dans le gouvernement Fillon II. Son maroquin gouvernemental l’attend pour fin octobre.  
Ceux qui se hasardent à établir des comparaisons entre le foot et le rugby sortent souvent cette phrase :«le football est un sport de gentlemen joué par des voyous et le rugby un sport de voyous joué par des gentlemen». Gentlemen qui, noteront les rares «rugbyphobes» qui osent encore se déclarer, pour se défouler , n’hésiteront pas de s’étriper avec allégresse, à se mordre jusqu’au sang et à faire voler en éclats dentiers cassés et côtes brisées. La France qui organise cette Coupe du monde de rugby vit sur une sourde excitation. Le souvenir des joies intenses de la coupe du monde du foot de 1998 fait encore des ravages dans ses veines. Le désir de revivre l’exploit fourmille dans les jambes. Si le résultat paraît incertain, le spectacle semble garanti entre grands pays du rugby et nation émergentes. «Les Dieux du stade» en décideront.

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