Des élections pour la paix

La Sierra Leone entame mardi une nouvelle phase de son histoire avec l’organisation d’élections présidentielle et législatives. Un rendez-vous électoral qui n’a rien d’anodin. Ce scrutin doit tout simplement permettre au pays de parachever le processus de paix qu’il a engagé en 1999, sous l’égide des Nations-Unies, après plus de dix ans de guerre. Ce conflit opposant la rébellion du Front révolutionnaire uni (RUF) au pouvoir, s’est distingué tant par sa durée que son atrocité, avec au moins 100.000 civils tués. Des milliers d’autres ont été mutilés, amputés à coups de machette des bras ou des mains. Beaucoup ont aussi été soumis à des violences sexuelles ou déplacés de force. Des milliers d’enfants ont également été enlevés, la plupart enrôlés de force dans les troupes gouvernementales et rebelles. Humainement dévastatrice, cette guerre a par ailleurs entraîné la chute économique de ce petit pays situé dans l’Ouest africain. Malgré ses ressources minières, notamment en or et diamants, cet ancienne colonie britannique est aujourd’hui ruinée. Son évolution politique, malmenée depuis son indépendance en 1961, a vécu quatre coups d’Etat, deux contre-coups, au moins cinq tentatives de renversement et quatre révolutions de palais…
C’est dire à quel point la Sierra Leone revient de loin. Elle s’est tournée vers un premier processus de paix en juillet 1999, lorsque le président Kabbah et le chef du RUF, Foday Sankoh, ont signé à Lomé (Togo) un accord de paix et de partage du pouvoir. Une avancée qui a poussé l’ONU à envoyer une mission, la MINUSIL, pour garantir les accords. Mais des crises ont à nouveau éclaté, notamment en mai 2000, lorsque le RUF a refusé de se désarmer et pris en otage 500 casques bleus. L’armée britannique et l’Ecomog, force de paix ouest-africaine, sont alors intervenues pour protéger Freetown, la capitale, menacée d’une nouvelle invasion, après celle très meurtrière de 1999. Le 10 novembre, un cessez-le feu a finalement été signé, prévoyant le déploiement de la MINUSIL en zones rebelles. L’année suivante, malgré quelques combats, le RUF a décidé de reconnaître le pouvoir en place et de se transformer en Parti du front révolutionnaire uni (RUFP), pour participer aux futures élections. Début 2002, l’opération de désarmement a pris fin.
Le gouvernement et l’ONU ont signé un accord sur la création d’un tribunal spécial pour juger les responsables des atrocités contre les civils. Le 2 mars, le président Kabbah a ordonné la levée de l’état d’urgence, en vigueur depuis 1999. Un mois plus tard, il a présenté sa candidature à l’élection présidentielle en se positionnant en grand favori, pour « la stabilité».
En face de lui, huit candidats sont mardi en lice. Parmi eux, Pallo Bangura, du RUFP, acteur des deux coups d’Etat contre Ahmad Tejan Kabbah en 1993 et 1997. S’il prône aujourd’hui le pardon, son plus grand face à face sera celui qui le confrontera aux électeurs, dont certains ont déjà fait savoir ce week-end qu’ils ne pardonnaient pas, lors d’incidents violents contre les bureaux de son parti.

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