François Fillon, victime d’une sciatique institutionnelle

François Fillon, victime d’une sciatique institutionnelle

L’allusion glisse sur les langues comme une évidence de premier degré, sans arrière-pensée satirique, dénuée de cet état d’esprit si précieux et si tranchant des mots ravageurs des chansonniers et autres écrivains de calembours : François Fillon souffre d’une hernie discale parce qu’il en a plein le dos d’être le Premier ministre de Nicolas Sarkozy. Le secret de cette puissante lapalissade : la métaphore médicale s’emboîte à merveille avec la réalité politique.
Depuis quelques jours déjà, la chronique politique parisienne ne bruissait que de ce saisissant contraste : Un Premier ministre cloué au lit, obligé de bouleverser son agenda et d’amaigrir au maximum son emploi du temps, et un président de la république hyper-actif, dégageant une forme physique olympique. Il faisait presque envie à slalomer avec autant d’énergie et de bonne santé entre des événements aussi lourds que la présidence française de l’Union européenne, l’organisation du Sommet pour la Méditerranée, la gestion d’une bénédiction du ciel nommée Ingrid Betancourt et les festivités compassées du 14 Juillet. Le président, debout, narguait avec morgue, un Premier ministre allongé.
Il est de notoriété publique que les deux hommes ont mangé leur pain blanc depuis longtemps. Leurs mauvaises relations sont presque inscrites dans le marbre, visible à l’œil nu. Malgré de nombreuses opérations de rafistolage auprès de l’opinion pour se présenter en couple uni et harmonieux, la nature, qui ne pouvait dissimuler longtemps leurs divergences, revenait au galop. La dernière des manifestations de la discorde fut les réunions régulières que l’Elysée organise soit avec cette «Task Force» composée uniquement par des ministres triés sur le volet, choisis en fonction de leur allégeance aveugle au président de la république, soit avec des réunions tout aussi régulières avec les chefs de la majorité présidentielle. Le tout se passe en l’absence médiatique de François Fillon.
La presse s’était fait pendant des semaines l’écho de grincements de dents de la primature au point de faire dire à de nombreux observateurs politiques que la maladie de François Fillon n’est qu’une question de somatisation. Et lorsqu’il a dû lire l’interview que Nicolas Sarkozy a accordé au journal «Le Monde» pour tenter de convaincre la gauche de voter sa réforme des institutions, il n’est pas certain que sa douleur soit devenue plus supportable. Nicolas Sarkozy y va par le dos du sabot : «François Fillon assume pleinement sa mission. En ce moment, il souffre beaucoup du dos, c’est sûr, mais je ne pense pas qu’il souffre davantage dans l’exercice de sa fonction que Pompidou ou Debré sous De Gaulle ou que Mauroy sous Mitterrand. Il est normal que celui qui a été élu fixe le cap par rapport à celui qui est nommé». Nicolas Sarkozy venait au passage de fixer le destin de François Fillon : «On est en présidence européenne, les ministres connaissent leurs dossiers, ce serait une légèreté que de changer d’équipe, mais, à mi-quinquennat, il faudra se poser la question».
La souffrance de François Fillon a aidé l’opposition à retrouver sa bonne humeur comme le souligne, en se pourléchant les babines, le premier secrétaire du Parti socialiste François Hollande «Je ne suis pas expert en pathologie primo-ministérielle. Et comment mesurer le degré de souffrance (mais) je comprends qu’il (François Fillon) souffre car il est annoncé son départ dans l’interview du Monde. A mi-mandat, c’en est déjà terminé: il va donc souffrir, mais il en connaît le terme maintenant».
Cette sciatique tombe, en tout cas, très mal pour le Premier ministre. Le lundi 21 juillet, le Parlement réuni en congrès devra examiner le projet de réformes des institutions. Depuis quelque temps, François Fillon s’est révélé comme l’animateur en chef de cette réforme constitutionnelle qui lui tient tellement à cœur que la seule sortie qu’il s’était autorisée fut d’aller la défendre dans le douleur devant les sénateurs.S’il est obligé de déserter son poste à ce moment crucial de la réforme surtout en cas de vote positif, ce serait la mort dans l’âme au sens propre comme au sens figuré.

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