Indonésie : La «Jamaâ islamiya» dans le collimateur

Tout en affirmant admirer le «vrai combattant musulman» qu’est à ses yeux Oussama Ben Laden, Abou Bakar Bachir s’est toujours présenté comme un simple chef religieux qui, dans les murs de son école du centre de l’île de Java, veut «propager la vérité de l’Islam».
Après avoir été cité ces derniers mois par les services de renseignement d’Asie du sud-est et montré du doigt aussitôt après l’attaque de Bali, il a finalement été arrêté vendredi à l’hôpital de Solo (centre de Java) où il avait été conduit après un malaise. Et ce dimanche, le directeur des enquêtes criminelles, le général Aryanto Sutadi, a annoncé sa mise en détention formelle. Pourquoi ? Bashir a été mis en cause dans une série d’attentats par un Koweïtien arrêté par Jakarta en juin et présenté comme un haut responsable d’Al-Qaïda dans la région. Omar al-Farouk aurait notamment imputé à la Jamaah Islamiyah et son leader, la vague d’attaques à la bombe contre des églises indonésiennes, qui avait fait 18 morts fin décembre 2000.
Bachir est considéré comme le chef spirituel de la JI, une organisation implantée en Indonésie et chez ses voisins d’Asie du Sud-Est, et qui aurait des liens -non spécifiés- avec Al Qaïda. Ce groupe méconnu tenterait de déstabiliser les gouvernements de la région par la terreur afin d’établir un Etat islamique englobant notamment la Malaisie, l’Indonésie et une partie des Philippines. La JI proviendrait d’une première structure formée dans les années 1970, dans le prolongement des mouvements nationalistes musulmans apparus dans l’archipel indonésien, fin des années 1940. Bashir aurait alors, avec un certain Abdullah Sungkar, pris la tête du mouvement de la Jeunesse islamique et commencé à faire du prosélytisme sur l’île de Java.
Quatre années plus tard, Bashir a créé sa propre école coranique, Al Mukmin, le «coeur» actuel de la JI, selon les services de renseignement. Exilé en Malaisie sous le régime Suharto, il aurait établi ses premiers contacts avec Al-Qaïda en 1985, et aurait tenté d’envoyer ses disciples en Afghanistan et au Pakistan. Suspecté d’être derrière l’attentat de Bali samedi 12 octobre -dont le dernier bilan est de 187 morts- il avait répondu que ces accusations étaient «cruelles», «de vils mensonges», «une manipulation des Etats-Unis et des Juifs». Depuis 2000, cet homme d’origine yéménite, dirigeait le Conseil des moudjahidine, qui regroupe plusieurs mouvements islamistes réclamant l’application de la Charia en Indonésie. Son arrestation a été précédée de quelques heures par la promulgation de deux décrets antiterroristes, rédigés par Jakarta après l’attentat de Bali. Elle est aussi intervenue trois jours après l’attaque contre un bus à Manille (Philippines) vendredi soir. L’analyse de l’explosif utilisé a mis en cause la JI qui aurait utilisé le même procédé lors d’attentats dans la capitale philippine en décembre 2000, lesquels avaient fait 22 morts et une centaine de blessés.
L’attentat de vendredi a fait deux morts et une dizaine de blessés au lendemain de la double explosion dans le centre commercial de Zamboanga qui a fait sept morts dans le sud du pays. Laquelle attaque a été attribuée au groupe séparatiste Abu Sayyaf, soupçonné comme la JI de liens avec… Al-Qaïda.

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