Irak : Armes contre nourriture

Irak : Armes contre nourriture

Les miliciens chiites se rendaient en masse aux postes de police en Irak. Remettre une ou plusieurs armes aux autorités du pays leur garantit, certes, des rentrées inespérées d’argent. Cependant, les divers mouvements de résistance ne l’entendent pas tous de cette oreille et poursuivent leurs actions contre l’occupation.
Mercredi, quatre soldats américains ont été tués dans divers incidents, dans la région de Bagdad. Un soldat américain a été tué dans une explosion survenue dans l’ouest de la capitale. Trois autres soldats ont péri suite à l’explosion d’une bombe au passage de leur convoi, dans l’est de Bagdad. Et le fait de voir quelques miliciens déposer les armes n’augurerait aucunement d’un arrêt de la résistance. Loin de là, car ceux qui remettent leurs armes ne s’engagent pas à mettre fin à leurs actions contre les forces américaines. Que dire de ceux qui ne s’inscrivent pas dans cette opération initiée en début de semaine ?
Entre-temps, la remise des armes se déroulait comme prévue en échange de sommes d’argent, comme le stipule l’entente conclue entre la milice du chef chiite Moqtada Sadr et le gouvernement irakien.
A Sadr City, les postes de police ont enregistré une effervescence manifeste. Les Irakiens, par dizaine, ont répondu favorablement à l’opération de désarmement qui en était, hier, à son troisième jour. Une véritable manne pour ces miliciens, qui n’ont aucune source d’argent et qui ramènent des armes par lots copieux. La plupart d’entre eux répondent, en effet, aux directives du chef chiite Moqtada Sadr, qui a finalement opté pour le désarmement de ses miliciens. Du moins, ce sont là les intentions qu’il a affichées. Les jours qui viennent pourront affirmer ou infirmer cette attitude.
Mais la chose la plus frappante dans ces va-et-vient aux postes de police, c’est assurément les quantités hallucinantes d’armes que trimbalent ces miliciens. Des quantités effroyables qui ne manquent pas de donner des frissons, aussi bien aux éléments de la Garde nationale qu’aux soldats américains. Des armes qui étaient destinées à un usage contre tout ce qui porte un uniforme en Irak.
Aussi, cet arsenal en possession des Irakiens donne un large aperçu sur la réalité du terrain. S’il y en a qui remettent douze kalachnikovs, une dizaine de lance-roquettes, une vingtaine de grenades, trois sacs de munitions et quatre mortiers, cela révèle l’entendue de l’armement qui circule dans le pays. Ce qui est dissimulé est, inéluctablement, beaucoup plus important, comme le souligne subtilement le dicton arabe.
En effet, dans la mentalité de ces hommes qui ne font plus aucune confiance à personne, tellement ils en ont vu, pour remettre une arme, il faudra en posséder trois ou quatre. Déposer un lot similaire à celui indiqué ci-dessus laisse vraisemblablement penser que l’intéressé a confié le triple à sa cachette. C’est le résultat de l’insécurité qui règne, conjuguée aux persécutions de l’occupant et aux séquelles d’un régime dictatorial qui a sévi des décennies durant.
Les désillusions du peuple irakien, qui se sont succédé à une vitesse vertigineuse depuis la chute du régime de Saddam, en sont pour quelque chose. Le libérateur s’est avérée n’être qu’un attentiste aux objectifs masqués par des discours sur les droits à la vie et la dignité. Ce même libérateur, après avoir librement sévi contre un peuple d’Irak meurtri, continue de tuer massivement, n’épargnant ni femmes ni enfants, prétendant l’élimination de groupuscules terroristes.
Le peuple irakien ne s’attendait également pas à ce que ceux qui partagent son identité, ses frères d’hier sous la main tyrannique de Saddam, puissent retourner leur veste et endosser la tenue de néo-bourreau sous tutelle américaine. Cela résume la mentalité de l’Irakien d’aujourd’hui.

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