Irak : Vers un oui massif à Saddam

Les Irakiens votaient en masse hier pour donner un nouveau mandat de sept ans à Saddam Hussein à la tête de l’Etat, un défi à Washington qui oeuvre pour un changement de régime à Baghdad. «En votant, j’ai tiré une cartouche sur Bush et sa clique», a déclaré un électeur irakien. Unanimes, les électeurs affirment vouloir plébisciter leur président et aucune note discordante n’était perceptible.
Quelque 11,5 millions d’électeurs devaient participer à la consultation dans 1.905 bureaux de vote à travers le pays. Les résultats étaient attendus dans la soirée. Le vote est en principe secret, mais personne ne semble utiliser les isoloirs.
Bien que mardi soit un jour ouvrable, peu d’administrations et de commerces ont ouvert leurs portes et une ambiance festive a enveloppé la capitale, qui croule sous les banderoles appelant à voter «oui Saddam».
Le parti Baas a fortement mobilisé pour le scrutin et n’a pas caché sa volonté de produire 100 % de oui, un score sans précédent depuis l’arrivée au pouvoir de Saddam Hussein, 65 ans, en 1979. Avec le compte à rebours de la guerre qui semble avoir été lancé à Washington, la consultation a pris l’allure d’un défi ouvert aux Etats-Unis.
La candidature unique du président Saddam Hussein a été présentée, comme le prévoit la constitution, par le Conseil de commandement de la révolution, la plus haute instance dirigeante du pays, et le Parlement. Les trois provinces kurdes, Erbil, Souleimanieh, Dohuk qui échappent depuis 1991 au contrôle de Baghdad, ne participent pas au référendum, mais le gouvernement a annoncé lundi que les électeurs de ces régions pouvaient le faire n’importe où ailleurs en Irak.
Pendant ce temps, l’état-major du Ve Corps d’armée américain fait ses bagages à Heidelberg (Allemagne) pour aller s’installer au Koweït, où il sera rejoint par le commandement de la 1re Force expéditionnaire des marines. Le QG du Central Command transfère ses quartiers au Qatar où est déjà l’Air Force. La Ve Flotte est chez elle à Bahreïn. La guerre, disait George Bush il y a une semaine, n’est «ni imminente ni inévitable». Mais toute l’action du Pentagone affirme ou veut faire croire qu’elle est proche et inéluctable. Cette pression croissante est pareille aux discussions de couloirs qui continuent autour de la résolution qu’attendent les Américains de leurs partenaires au Conseil de Sécurité. Aujourd’hui, ces palabres sortiront un peu de l’ombre : le Conseil, pour la première fois depuis que Washington fait monter la tension, tient une séance ouverte.
Politiquement «inutile» depuis la chute du communisme et économiquement dépendant de l’Europe et du Japon, l’empire américain, en déclin, tente, par un «militarisme théâtral», de se présenter comme la nation indispensable qu’elle «n’est plus», estime un politologue français.
Dans une analyse publiée par le quotidien belge « le Soir » sous le titre : «l’Amérique, facteur de désordre», Emmanuel Todd, qui est docteur en histoire de l’Université de Cambridge, relève que l’Amérique n’a plus les moyens d’être «isolationniste». Citant des économistes et des stratèges américains, le politologue observe que le libre-échange généralisé n’aboutit pas à créer tendanciellement des liens commerciaux préférentiels avec les Etats-Unis, mais favorise plutôt l’émergence de forces économiques intégrées régionales indépendantes.
Voilà, selon lui, qui fait peur aux Américains : l’émergence d’une superpuissance économique européenne et d’une Asie organisée autour du Japon et de la Chine. En définitive, le libre échange crée les conditions économiques de l’isolement des Etats-Unis, explique-t-il notamment. «Il est donc essentiel pour l’Amérique de donner le sentiment qu’elle reste au centre du monde et spécifiquement au coeur de l’Eurasie», ajoute-t-il. Pour Todd, «c’est le sens profond de cet activisme militaire insensé, de l’agitation de l’épouvantail irakien et de l’axe du mal qui permet de suggérer que le monde a besoin d’une action américaine en son centre».
Après avoir évoqué la crise que connaît l’économie américaine, notamment l’important déficit commercial passé de 100 à 450 milliards de dollars entre 1993 et 2000, le politologue a souligné que «les Américains qui réfléchissent savent que la vraie menace pour l’hégémonie américaine, ce n’est pas Saddam Hussein, c’est l’euro, la puissance économique européenne».

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