La gauche se délecte des malheurs de Sarkozy

La gauche se délecte des malheurs de Sarkozy

La grande originalité du scandale Eric Woerth, alors ministre du Budget au moment où son épouse travaillait pour la riche héritière de l’Oréal, Liliane Bettencourt accusée d’évasion fiscale, toujours trésorier de l’UMP même quand il est devenu ministre du Travail chargé de l’épineux dossier des retraites, est qu’il procure à la gauche une grande opportunité d’indignation contre la gouvernance Sarkozy, sans courir le risque d’être accusé de démagogue ou de populiste. Ses principaux flibustiers n’ont qu’à se baisser pour cueillir le fruit mûr d’une bérézina généralisée. Il est vrai que ces scandales à répétition qui entachent les années Sarkozy dont le plus culminant est celui d’Eric Woerth et son flagrant conflit d’intérêt entre sa fonction de ministre du Budget, ses fonctions hautement sensibles au sein de l’UMP et ses liaisons familiales dangereuses avec la premier fortune de France, ne sont pas les fruits d’une enquête parlementaire que la gauche aurait initiée. Ils sont le fruit d’une révélation piratée livrée à l’opinion par un site d’informations et d’investigations. Depuis le début de cette crise, la gauche dans son ensemble avait tenté d’arrondir son verbe au point que certains de ses représentants ont volontairement participé à la stratégie de défense mise en place par l’Elysée pour sauver le soldat Eric, basée sur un argument cardinal : Eric Woerth a toujours été un honnête homme d’une grande probité. Conclusion : il ne peut être soupçonné de quelques délits que ce soit. Il en peut être réceptacle adéquat à ces allusions mortelles dont les extrêmes, de gauche et de droite, tentent de l’affubler. Il y avait dans le discours de la gauche sur cette affaire une forme de timidité et d’hésitation. Sans doute était-elle échaudée par ces nombreuses brebis galeuses qui avaient montré une relation coupable et fiévreuse avec l’argent public et dont la dernière illustration fut les mésaventures du député socialiste Julien Dray et son amour inconsidéré pour les montres de luxe. Mais au fur et à mesure que l’étendue du scandale Eric Woerth affiche ses véritables proportions, la gauche a été contrainte, notamment par la presse et les nombreuses Unes consacrées à cette affaire, de passer à la vitesse supérieure. Et c’est Ségolène Royal, ancienne challenger de Nicolas Sarkozy en 2007, qui s’est chargée de l’enclencher, avec une violence et une acidité qui resteront dans les annales : «Le système Sarkozy aujourd’hui est corrompu (…) C’est un pouvoir qui mélange les biens privés et les biens publics (…) c’est un pouvoir qui perd tout sens du bien commun (…) un pouvoir qui profite d’une totale impunité». L’ampleur de la réplique de la famille politique de Nicolas Sarkozy à Ségolène Royal montre la profondeur de la blessure. Le président est attaqué de manière frontale. L’ex-compagnon de Ségolène Royal, François Hollande, s’était lui aussi essayé à l’exécution sommaire en qualifiant l’ère Sarkozy ainsi : «C’est le régime du contre-exemple, de la confusion des genres».
Les socialistes avaient débuté leurs attaques de manière soft par la voix de Jean-Marc Ayrault, patron du groupe socialiste à l’Assemblée nationale qui avait exigé une commission d’enquête pour éclairer les tenants et les aboutissants d’un tel micmac. Ils finissent la séquence en coiffant Nicolas Sarkozy lui-même au poteau. Avec cette question suspendue concernant Eric Woerth: le président va-t-il céder à la pression ou s’enfermer dans « sa confiance totale » à son ministre du Travail ?

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