La Mauritanie roule sur l’or noir

La Mauritanie roule sur l’or noir

A  quand la première goutte d’hydrocarbure? Les mauritaniens l’attendaient le 17 février 2006. Finalement, le démarrage de l’exploitation du pétrole offshore sur le site du puits «Chinguitti», situé à 65 kilomètres au large de Nouakchott, a été reporté sine die jusqu’à la fin février ou, au plus tard, à la mi-mars. «Les causes de ce retard sont d’ordre technique», s’empressent d’ajouter des sources proches de la société australienne Woodside.
Rassurant, les responsables du consortium promettent par la suite d’améliorer le rythme de production pour compenser le retard enregistré par rapport au démarrage de l’opération d’exploitation.
A s’en tenir aux déclarations  officielles, le problème juridique qui oppose la société australienne à l’Etat mauritanien, différend ayant conduit à l’arrestation de l’ex-ministre du Pétrole, Zeydane Ould Hamedane,  n’aurait rien à voir avec ce renvoi. D’aucuns ne manqueront pas de faire le parallèle entre les deux affaires, puisque l’annonce du report a été rendue publique 24 heures après le début de l’instruction de l’ancien ministre.
Accusé de «crime économique», cet homme du sérail de l’ex-régime aurait signé «illégalement », selon Nouakchott,  quatre avenants, complétant le partage de production pétrolière entre l’Etat mauritanien et la compagnie Woodside.
Mais Ould Hamedane ne sera pas le seul à être appelé à la barre. Une vingtaine de personnalités de l’ancien régime ont été convoquées comme témoins par je juge d’instruction.  Parmi les grosses pointures, l’ancien Premier ministre, Sghair Ould M’Barek, limogé au lendemain du renversement du régime de Ould Taya, le 3 août 2005.  Des parlementaires, des hommes d’affaires et surtout l’actuel représentant de la compagnie australienne Woodside, complétent la liste. La présence des anciens élus s’explique aisément, puisque selon la ligne de défense de l’entreprise australienne, le Parlement (dissous depuis le coup d’Etat du 3 août) aurait approuvé les clauses en question.
D’ores et déjà, avant même que l’instruction ne soit bouclée, l’actuel Premier ministre, Sidi Mohamed Ould Boubacar, est on ne peut plus clair : "Tous ceux qui seront reconnus comme étant impliqués dans cette affaire devront en répondre". Un discours de fermeté réitéré devant les représentants d’une vingtaine de partis politique, signataires depuis d’une pétition pour le soutien de l’Etat mauritanien face à Woodside.
Cette compagnie, qui n’a de cesse de clamer son innocence, risque gros. En cas de condamnation de l’ex-ministre du Pétrole, la société pourraît être considérée civilement responsable.
Les avenants incriminés auraient entraîné la diminution de la part de l’Etat dans les revenus pétroliers, la réduction d’impôts, l’élimination des garanties de bonne fin…En plus de ces désavantages, l’Etat mauritanien devait au nom de ses avenants prendre tous les frais ultérieurs d’exploration.
 L’affaire risque désormais de prendre une autre ampleur. Le gouvernement n’exclut plus de se référer à l’arbitrage  du Centre international du règlement des différends d’investissements (Cirdi) et de la Chambre du commerce internationale (CCI), à Paris.

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