La « percée mondiale » du chercheur Sud-coréen n’en était pas une

"Nous avons découvert que Hwang et son équipe n’ont aucune donnée scientifique pour prouver qu’ils ont bien produit des lignées de cellules souches correspondant spécifiquement à l’ADN d’une personne", a annoncé la commission de l’Université de Séoul, six jours après avoir révélé la falsification d’un article du même professeur sur le sujet dans la revue américaine Science en mai 2005.
L’article annonçait comme une "première mondiale" l’isolement, à partir d’embryons humains obtenus par clonage, de 11 lignées de cellules souches possédant chacune le patrimoine génétique de leur donneur.
Mais, la semaine dernière, la commission a accusé le Dr Hwang, jadis adulé par tout un pays, d’avoir manipulé des photographies et des données de deux lignées de cellules afin de faire croire que son équipe avait extrait 11 lignées.
Le chercheur avait alors démissionné de son poste à l’université, le ministère de la Science et de la Technologie, qui a alloué à ses recherches 40 millions de dollars depuis 2002, présentant ses excuses et précisant qu’il ne bénéficierait plus du soutien de l’Etat.
Après avoir examiné les cellules qui avaient été congelées, la commission d’enquête a mis en pièce jeudi l’authenticité de la percée scientifique elle-même.
"Les test ADN ont démontré qu’il n’existait pas de cellules souches spéficiques à chaque personne", a indiqué jeudi Roh Jung-Hye la porte-parole cette commission composée de neuf membres.
Les cinq échantillons soumis à analyse proviennent en fait d’un même donneur.
Les experts vont désormais se pencher sur les précédents travaux du scientifique: le clonage d’une vache en 1999 et, en août 2005, d’un lévrier afghan baptisé "Snuppy" (pour Séoul National University Puppy).
"Il nous faut conduire une enquête approfondie pour déterminer si Snuppy a bien été cloné", a indiqué la porte-parole.
Le professeur Hwang était l’objet depuis des mois d’accusations de supercherie, de la part de collègues américains ou sud-coréens.
Il y a une semaine, le site internet scieng.net, qui réunit 17.500 scientifiques sud-coréens, avait exhorté Séoul à sanctionner le Dr Hwang, qualifiant ses travaux de "supercherie scientifique".
Roh Sung-il, coauteur de l’article du Science, a affirmé il y a deux semaines que les photos l’illustrant étaient "factices".
Le Dr Hwang avait contre-attaqué en demandant le retrait de l’article, admettant des "erreurs irréparables" d’illustration, mais en assurant avoir "créé des cellules souches spécifiques à chaque patient".
Le biologiste avait affirmé que, sur les onze lignées, six avaient été détériorées à la suite d’une contamination, mais que les cinq autres avaient été congelées.
En février 2004, le Dr Hwang avait déjà annoncé l’extraction de cellules souches à partir d’un embryon humain obtenu par clonage mais cette première mondiale avait été jugée limitée car une seule lignée de cellules avait été isolée. Il avait fallu de plus utiliser 242 ovules.
L’article de 2005 trouvait toute son importance dans le fait que onze lignées de cellules souches embryonnaires correspondant spécifiquement à l’ADN d’une personne avaient été produites et que seuls 185 ovules avaient été nécessaires. Mais c’était faux, avait assuré Roh Sung-il, indiquant qu’en fait, 313 ovules avaient été utilisés par le Dr Hwang en 2004 et 700 cette année.

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