La rhétorique tourne à plein régime

Le Pentagone assure, sans fournir de preuves, que les services de renseignement américains ont vent de tiraillements au sein de la direction irakienne face à la perspective d’une nouvelle guerre. Bush, lui-même, a averti les militaires irakiens qu’ils seraient poursuivis en tant que criminels de guerre s’ils utilisaient des armes de destruction massive contre les soldats américains.
Les Américains ont également tenu à minimiser l’importance des positions française et allemande, affirmant que celles-ci pouvaient encore évoluer en faveur de la guerre et qu’en tout état de cause, les Etats-Unis disposaient d’autres alliés partisans, eux, d’une guerre contre l’Irak. Donald Rumsfeld, secrétaire à la Défense a, ainsi, cherché à marginaliser l’opposition de Paris à une guerre unilatérale assurant que de nombreux autres pays européens -et il a cité, entre autres, des pays de l’Europe orientale- soutiennent la position de Washington.
Selon lui l’attitude de la France et de l’Allemagne n’est pas représentative de la «nouvelle Europe» qui inclut des pays de l’ancien bloc soviétique: «Vous voyez l’Europe à travers la France et l’Allemagne. Ce n’est pas mon cas. Je pense qu’il s’agit là de la vieille Europe».
Loin de Washington, mais sans doute en coordination avec l’Administration Bush, six pays voisins de l’Irak, ainsi que l’Egypte se sont réunis à Istanbul une réunion sur le conflit en préparation. Deux camps se sont opposés à cette occasion. Les alliés des Etats-Unis refusant de suivre la Syrie et l’Iran dans leur approche musclée prônant de dénoncer l’Administration américaine et de la sommer de se conformer aux résolutions du Conseil de sécurité. Ils appellent, eux, au dialogue et s’adressent à l’Irak pour qu’il prenne des mesures pour éviter la guerre et au Conseil de sécurité pour qu’il favorise l’option politique.
«L’appel au Conseil de sécurité signifie également un appel aux Etats-Unis qui en sont membres et il est donc inutile de mentionner ce pays nommément dans la déclaration finale», dit un délégué d’un pays pro-américain. Certains observateurs n’ont pas hésité à dire, au vu de cette approche, que la réunion est commanditée par Washington. Le ministre syrien des Affaires étrangères, Farouk Charaâ, a beau répéter que «la loi de la jungle régnera si les changements proviennent de l’étranger», il se retrouve, malgré tout, marginalisé au milieu d’un ensemble de pays limitrophes de l’Irak qui, tout en craignant les conséquences d’une guerre sur leur régime, n’osent pas s’aliéner le parapluie américain. Des pays comme l’Arabie saoudite, la Jordanie et l’Egypte, très circonspects, sont venus à Istanbul sans illusion et ne souhaitent en aucun cas dénoncer les Etats-Unis ou débattre du problème palestinien.
Washington n’a pas manqué d’ailleurs de rappeler à ses protégés leurs obligations. Un haut responsable arabe a résumé cette situation, quelque peu ubuesque en disant : «Il s’agissait de trouver la difficile formule qui permette de mettre en garde l’Irak, sans froisser son régime pour éviter de couper les ponts avec lui, tant qu’il est en place, tout en lançant un appel de retenue aux Etats-Unis sans donner l’impression que les six voisins de l’Irak forment une alliance contre Washington». Difficile exercice d’acrobatie politique.

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