Le pari risqué de Nicolas Sarkozy sur les Roms et la sécurité

Le pari risqué de Nicolas Sarkozy sur les Roms et la sécurité

Nicolas Sarkozy tente avec son offensive sécuritaire de rallier une partie de l’électorat d’extrême droite pour compenser les défections dans son camp, mais il prend ainsi le risque de perdre sur les deux tableaux. Le chef de l’Etat ne sera en effet pas jugé sur ses promesses de candidat, comme en 2007 où il avait «siphonné» une partie des électeurs de Jean-Marie Le Pen, mais sur son bilan en matière de sécurité et d’immigration, estiment des analystes. «Au moment de voter, les électeurs Front National penseront moins en terme d’annonces que d’action. Or, sur ce plan, il n’y a pas eu grand-chose», dit ainsi à Reuters Jean-Yves Camus, politologue spécialiste de l’extrême droite. Selon lui, Nicolas Sarkozy est «dans la communication et la surenchère verbale» mais son bilan en matière de lutte contre la délinquance est mitigé et il n’ira «jamais aussi loin que les électeurs FN le souhaitent». En 2007, Jean-Marie Le Pen avait obtenu 10,54% des voix lors du premier tour de la présidentielle, loin des 16,86% réalisés en 2002. Sa fille Marine est donnée à environ 12% des voix dans les enquêtes d’opinion pour 2012. Des sondages montrent la difficulté pour le chef de l’Etat de convaincre durablement les sympathisants frontistes, y compris sur la question des Roms. Si l’annonce fin juillet, lors de son discours de Grenoble, du démantèlement de 300 camps de gens du voyage, ainsi que leur renvoi en Roumanie et en Bulgarie, a pu dans un premier temps séduire les proches du FN, ses effets se sont vite estompés. Nicolas Sarkozy a pu constater la désaffection des partisans de Jean-Marie Le Pen et de sa fille Marine lors des élections régionales du printemps dernier. Une partie d’entre eux se sont abstenus et d’autres sont revenus à un vote Front National, ce qui explique en partie le regain du mouvement frontiste. Les différentes enquêtes menées depuis mars 2010 «montraient une stabilisation à un niveau bas de la popularité de Nicolas Sarkozy auprès des sympathisants FN, autour de 30%», explique à Reuters Damien Philippot, de l’institut de sondages Ifop. «Stopper cette hémorragie en vue de 2012, cela impliquait de revenir aux fondamentaux pour cette frange de l’électorat en attente d’action sur l’insécurité et l’immigration», dit-il. Selon lui, Nicolas Sarkozy avait de toute façon le temps de recentrer son discours avant l’échéance présidentielle.
De plus, cette séquence intervenait au bon moment dans le tempo présidentiel dans la mesure où elle permettait de faire concurrence aux contestations liées à la réforme des retraites ou aux remous causés par l’affaire Woerth-Bettencourt. «Grâce au symbole ‘Roms’, très fortement médiatisé, il s’agissait donc de donner un tour très concret à un discours sécuritaire qui peinait à convaincre les franges les plus radicales de l’électorat», explique Damien Philippot. Dans un premier temps, les enquêtes ont semblé montrer un regain d’attention auprès de l’électorat frontiste.

  Gérard Bon (Reuters)

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