L’effet Baker au Proche-Orient

L’effet Baker au Proche-Orient

La seconde guerre du Liban ( 12 juillet-14 août 2006) a provoqué un véritable séisme au Proche-Orient. Selon un analyste, Ben Caspit, la secousse a fait trembler cette partie du monde, «des Emirats du Golfe jusqu’à la Jordanie, en passant par l’Egypte, la Syrie, l’Arabie saoudite et la Turquie, voire jusqu’au Maroc». Pour lui, le soutien financier et militaire de Téhéran au Hezbollah libanais symbolise la volonté iranienne de contrebalancer l’influence américaine et d’imposer son hégémonie. Une hégémonie qui menace directement les Etats arabes modérés, alliés traditionnels des Etats-Unis. Le régime des Mollahs est désormais omniprésent dans tous les conflits et crises qui minent la région. Le rêve américain d’une «démocratisation du Grand Proche-Orient» s’est enlisé dans le bourbier irakien et l’Administration Bush, au même titre que la communauté internationale, doit tenir compte de la nouvelle donne créée par la volonté de Téhéran de se doter de l’arme nucléaire. Celle-ci donnerait à un régime fanatique une redoutable capacité de nuisance et de pression sur ses voisins immédiats.
George W. Bush, même si le rapport Baker-Hamilton recommande l’ouverture de discussions avec l’Iran, a clairement fait savoir qu’il considérait que la possession par Téhéran de l’arme atomique constituait une menace intolérable. Il s’est déclaré prêt à «toute éventualité», y compris à des frappes militaires préventives contre les sites iraniens d’enrichissement de l’uranium. Le gouvernement américain est toutefois conscient qu’il ne peut plus s’en tenir au statu quo. C’est pourquoi il a confié à la secrétaire d’Etat Condoleeza Rice la mission d’aider Riyad à relancer l’initiative de paix saoudienne. L’Arabie saoudite est ainsi de facto reconnue comme le chef de file des pays arabes modérés qui incluent l’Egypte, la Jordanie et les Emirats arabes unis, ainsi que, désormais, les éléments modérés au sein de l’Autorité palestinienne.
Les Saoudiens ont été très clairs : «Si Israël donne son accord à notre plan, nous réunirons une conférence et reconnaîtrons Israël. Tout sera alors différent et les ambitions hégémoniques de l’Iran contenues».
La Syrie se joindra-t-elle à ce processus ? «Elle hésite. Elle entend avoir l’assurance que Washington et Israël mettront un terme à leur «boycott enfantin et ridicule» du régime syrien», comme le suggère James Baker.
En favorisant un «petit arrangement entre amis» et en accordant à Bachar al Assad l’immunité juridique dont a bénéficié un autre responsable repenti, de «l’axe du Mal», Mouammar Kaddhafi, les Etats-Unis et l’Europe obtiendraient, en échange, selon le scénario imaginé par Ben Caspit, l’expulsion de Damas de Khaled Mechaâl, le chef de la branche extérieure du Hamas, l’arrêt de la contrebande d’armes vers l’Irak et l’interruption de la livraison, via la Syrie, d’armes iraniennes au Hezbollah. Damas, outre des avantages économiques substantiels, pourrait même recevoir un droit de regard limité sur la vie politique libanaise. Conscient des avantages que procurerait ce « petit arrangement », Ehoud Olmert se repent désormais de sa déclaration irresponsable sur le fait qu’Israël « restera éternellement sur le Golan », ce qui opposait une fin de non-recevoir aux offres de dialogue faites par Bachar al Assad.
Ce tournant stratégique permettrait aux Saoudiens de ne pas se lancer, à leur tour, dans la course au nucléaire, assurés qu’ils seraient par James Baker que «Téhéran ne pourra pas accéder à l’arme nucléaire, quel que soit le prix à payer pour cela», en l’occurrence le retrait israélien  de la Cisjordanie et du Golan et la création d’un Etat palestinien souverain. Avec, en toile de fond et en contrepartie, une aide de Téhéran et de Damas pour sortir les Américains du « bourbier irakien » et stabiliser la situation dans ce pays. L’Iran et la Syrie pèseront sans doute mûrement le pour et le contre avant de se décider à propos de ce plan qui contient de nombreux éléments positifs.

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