L’Europe sous pression pour partager «le fardeau» de l’immigration

L’Europe sous pression pour partager «le fardeau» de l’immigration

L’afflux de migrants et de réfugiés menace de déstabiliser certains pays comme la Grèce si leurs partenaires de l’Union européenne les laissent seuls face à ce problème, source de tensions sociales exploitées par les plus extrémistes, avertit la Commission européenne. «L’Europe n’est pas solidaire et laisse certains Etats supporter tout le choc», vient de déplorer le commissaire en charge de ce dossier, Jacques Barrot.
Scandalisé par les conditions de rétention des demandeurs d’asile en Italie, à Malte, aux Canaries (Espagne) et en Grèce, il veut relancer le débat sur le «partage du fardeau» de l’accueil des demandeurs d’asile entre les pays de l’UE lors d’une réunion des ministres de l’Intérieur de l’Union européenne prévue jeudi à Stockholm. Il entend tester à cette occasion les intentions de la nouvelle présidence suédoise de l’UE, plutôt hostile, comme les autres pays scandinaves et l’Allemagne, à toute obligation. Plus de 67.000 personnes ont traversé la Méditerranée en 2008 pour tenter d’entrer en Europe, selon le Haut commissariat des Nations unies aux réfugiés. «Les flux migratoires à venir sont terribles et le danger est que l’Europe soit myope», avertit M. Barrot. «Cette situation risque de déstabiliser des démocraties comme la Grèce dans la mesure où elle n’est pas maîtrisée», a-t-il mis en garde.
L’extrême-droite dans ce pays attise les tensions sociales provoquées par la présence de nombreux réfugiés sans papiers. La situation est similaire en Italie où le mouvement xénophobe de la Ligue du Nord, associé au pouvoir avec le ministère de l’Intérieur, dicte la politique en matière d’immigration. Ses dirigeants ont demandé il a quelques années de «tirer au canon» contre les embarcations de clandestins, une mesure également réclamée par le chef de file de l’extrême-droite britannique Nick Griffin, nouvel élu au Parlement européen. Jacques Barrot s’inquiète  pour les candidats à l’entrée dans l’UE, après des visites de centres de rétention en Grèce notamment qu’il a qualifiées d’ «éprouvantes» et «émouvantes». «Ces gens m’ont applaudi, et moi, je me suis demandé: qu’est ce que je leur apporte? ». «Je demande à cor et à cri que la priorité soit donnée aux problèmes migratoires (…) mais il est difficile d’obtenir une vraie solidarité» en Europe, regrette-t-il.
La France vient de faire un geste en acceptant d’accueillir 92 réfugiés débarqués à Malte, où ils ont obtenu une «protection subsidiaire», un statut légèrement inférieur à celui de réfugié. «C’est peut-être une goutte d’eau, mais il arrive que cela remplisse un verre», a souligné le ministre en charge de l’Immigration Eric Besson. Dans le même temps, la Belgique ne parvient plus à gérer les demandes d’asile, près de 18.000 sont en souffrance et ses centres sont débordés. Jacques Barrot souhaite que la «répartition interne » des réfugiés au sein de l’UE se développe. «Mais l’Europe est très lente», regrette-t-il. Les pays européens rejettent 70% des demandes d’asile, poussant les candidats à la clandestinité.
Près de 8 millions d’étrangers vivent ainsi en situation irrégulière dans l’UE. «Il faut arriver à ce que les demandes d’asile puissent se faire dans des pays tiers», hors de l’UE, plaide-t-il. «Il n’est pas admissible qu’un demandeur d’asile doive payer un passeur 5.000 dollars pour aller de la Turquie à Samos en Grèce», a-t-il tonné.
Le commissaire a annoncé son intention de se rendre rapidement en Turquie et en Libye pour négocier des accords en ce sens. Il suggère que les ambassades des pays de l’UE dans certains pays puissent accorder des visas humanitaires aux demandeurs.

Christian Spillmann
AFP

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