Périscope : Apocalypse

Une journée cruciale s’est ouverte hier pour l’Irak, le monde étant suspendu au rapport déposé par les inspecteurs en désarmement onusiens devant le Conseil de sécurité. Grosso modo, les positions étaient connues.
Les chefs des experts de l’ONU devaient répéter que l’Irak coopère, mais pas de manière assez active. Alors que les Etats-Unis et leurs alliés continuent d’affirmer que la situation actuelle ne devait plus durer. Les jeux seraient donc faits au point que certains observateurs estiment qu’il est trop tard pour trouver une solution diplomatique à la crise. On va jusqu’à prédire que tout peut arriver et qu’il faut seulement espérer que ce sera rapide et le moins douloureux possible. Rien n’est moins sûr, même si l’Administration Bush se dit prête à faire seule la guerre même si d’autres n’étaient pas disposés à la rejoindre. En effet, et pour paraphraser une politologue, «l’Irak n’est pas une société où on va chercher l’eau à la pompe, c’est un pays développé avec une infrastructure sophistiquée».
Une guerre serait une calamité pour le peuple irakien, pour les pays de la région et probablement pour le reste de la communauté internationale. Mais, est-ce suffisant pour dissuader les stratèges de Washington ? Ce n’est pas évident au vu des préparatifs de guerre et des dernières déclarations. En fait, l’Administration américaine est décidée à éliminer Saddam Hussein pour lancer plusieurs messages en direction des régimes de la région : «vous gagnerez si vous êtes de notre côté. Vous subirez des conséquences désastreuses si vous êtes contre nous». En outre, le grand projet des stratèges de George Bush est de mettre en place au Proche-Orient un «modèle» calqué sur la démocratie américaine. La question qui se pose est de savoir si cette démocratie est exportable ?
Les pays arabes de la région, n’ayant aucune tradition d’Etat de droit, ce n’est pas si sûr. Une guerre en Irak aidera aussi, selon les conseillers de Bush, à résoudre l’équation saoudienne, un pouvoir qui a secrété Al-Qaïda et les attentats du 11 septembre.
L’installation à Baghdad d’un régime inféodé aux Etats-Unis permettra de casser la dépendance pétrolière et stratégique vis-à-vis de Ryad. Vision farfelue ?
C’est ce que pense ce diplomate européen qui dit : «le scénario des Américains est très joli, mais je peux vous en dessiner un noir, qui a autant de chance de se produire, dans lequel le Proche-Orient imploserait». Mais, quand la guerre commencera, même les plus farouches opposants finiront par prier pour que les Américains réussissent.

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