Philippines : la traque aux « conspirateurs » s’amplifie


La police a notamment déféré le député Crispin Beltran, qui avait été arrêté vendredi pour tentative de coup d’Etat, a précisé le responsable de la police criminelle, Jesus Versoza. M. Beltran est le numéro un de la coalition de gauche Bayan Muna ("La Nation d’abord").

Lui et les trois autres députés déférés ont été aux avant-postes des manifestations contre la présidente. L’un des élus a été lundi après-midi placé en détention.

L’ancien colonel Gregorio "Gringo" Honasan, qui s’est lui-même qualifié de "conseiller en coups d’Etat avortés", compte parmi les déférés.

Quatre hauts-gradés de la police antiterroriste ont par ailleurs été placés en détention. Ils sont accusés d’avoir recruté des collègues afin de prendre part à des manifestations contre la présidente, a indiqué de son côté le directeur de la police nationale, Arturo Lomibao.

Le commissaire divisionnaire Marcelino Franco, qui avait été révoqué vendredi de son poste de commandant des Forces d’action spéciales de la police, figure parmi les détenus.

Ces mesures s’inscrivent dans le cadre de l’état d’urgence décrété vendredi, officiellement pour déjouer un projet de coup d’Etat. Des hauts-gradés et un leader de l’opposition politique avaient déjà été placés sous les verrous vendredi et samedi mais la présidente avait averti qu’elle n’en resterait pas là.

En l’absence de véritables mouvements de masse, à la différence des anciennes "Révoltes du peuple" qui avaient notamment mené au renversement du dictateur Ferdinand Marcos en 1986, de nombreuses voix se sont élevées pour réclamer l’annulation d’un état d’urgence jugé non nécessaire.

Mais dimanche soir, un commandant des Marines philippins, révoqué pour tentative de putsch, se retranchait avec une centaine d’hommes dans un camp militaire. La mutinerie a pris fin sans violence après cinq heures à la suite d’un accord entre militaires.

"En raison de cet incident…, je crois que le public comprendra que la levée (de l’état d’urgence) sera légèrement repoussée", a déclaré Ignacio Bunye, porte-parole de la présidence, sans donner de calendrier. La "menace" existe toujours, a-t-il estimé.

Les mesures de répression sont "le prix élevé à payer pour de mauvaises intentions politiques", a estimé lundi la présidente Arroyo.

Peu après, une coalition d’avocats a déposé un recours devant la Cour suprême demandant l’annulation de l’état d’urgence "qui réprime des manifestations légitimes". "Nous ne voyons aucune menace claire ni présente… qui pourrait justifier une telle déclaration"", estime le Groupe pour une loi alternative, regroupant 17 cabinets d’importance.

La situation semble d’autant plus bloquée que l’opposition ne présente pas d’alternative crédible, a estimé la fille de l’ex-dictateur Ferdinand Marcos, Maria Imelda Marcos, dite "Imee".

Mme Arroyo est "affaiblie" mais "l’opposition est stupide", a lancé la députée. "Il ne semble pas que nous soyons en mesure de trouver quelqu’un qui puisse diriger l’opposition". En l’absence d’un tel leader, "la population ne va pas descendre dans la rue pour se joindre aux manifestations", a-t-elle estimé.

Les Philippins sont en revanche de plus en plus "découragés et désespérés" et "l’armée est soudainement devenue une option acceptable", croit-elle. "C’est effrayant à entendre".

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