Quand les ethnies se déchirent

L’armée nigériane a finalement été déployée lundi soir à Lagos, la plus grande ville du Nigeria, pour mettre fin aux affrontements qui opposaient depuis trois jours les deux principales communautés du pays, les Haoussa (originaires du Nord, Musulmans) et les Yorouba (venant du Sud-Ouest, Chrétiens, ethnie du président Obasanjo). Ces combats de rue, qui ont fait au moins 55 morts et plus de 200 blessés, avaient éclaté samedi entre des gangs autour d’une mosquée du quartier d’Idi-Araba (district de Mushin, au Nord de Lagos) avant de s’étendre à la ville et d’alourdir le bilan des victimes. Ce n’est d’ailleurs qu’après les combats les plus intenses que l’armée a été envoyée, lundi soir, pour rétablir l’ordre. «Les soldats sont chargés d’étouffer la crise. Ils resteront sur place jusqu’à ce qu’ils ne soient plus nécessaires, ce qui signifie jusqu’au retour de la paix», expliquait ce mardi le lieutenant-colonel Chris Olukolade.
Reste que -en seulement trois jours- plus de 200 maisons ont été incendiées et plus de 1.000 familles déplacées, selon la Croix-Rouge qui constatait aussi le nombre important de cadavres gisant dans les rues de la ville. De nombreuses personnes attribuent cette troisième flambée de violences ethniques d’importance, depuis deux ans, aux jeunes des gangs qui sévissent dans les rues de Lagos. Des incidents intervenus dans un contexte de désordre général, après le mouvement de grève sans précédent vendredi et samedi dernier de la police. Préoccupée par des revendications salariales, celle-ci n’est d’ailleurs intervenue que dimanche soir dans le quartier d’Idi-Araba avant de se retirer. Le Nigeria se remet également difficilement de l’explosion survenue le 27 janvier dernier dans un dépôt de munitions du quartier d’Ikeja, un incendie qui a tué au moins 1.000 personnes et fait des milliers de sans-abris.
Le Nigeria est le pays le plus peuplé d’Afrique avec 120 millions d’habitants. Il regroupe plus de 250 groupes ethniques principalement partagés entre Chrétiens (45%) et Musulmans (45%). En permanence en proie à des troubles ethniques, communautaires et religieux, exacerbés par des querelles foncières ou concernant le partage des ressources – le pays déplore plus de 10.000 morts en moins de trois ans. La première flambée de violences remonte au jour même de l’investiture du président civil Olusegun Obasanjo le 29 mai 1999. Quelque 200 personnes avaient alors été tuées lors d’affrontements intercommunautaires près de Warri (Sud), alors que le Nigeria entrait dans une phase historique après quinze ans de régime militaire. Fin février 2000, de nouveaux affrontements entre Chrétiens et Musulmans à Kaduna (Nord) et Aba (Sud-Est), faisaient à leur tour près de 3000 morts.
Ces conflits intermittents ont repris de façon violente au début de cette année 2002 : le 10 janvier dernier, des affrontements entre communautés se disputant l’exploitation des ressources d’un lac dans l’Etat de Nassarawa (Centre) avaient par exemple fait plus d’une centaine de morts.

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