Sarkozy choisit Rocard et Juppé pour réfléchir à l’emprunt national

C’est une belle opération de communication politique à laquelle Nicolas Sarkozy s’est livré à la veille de la trêve estivale : nommer L’ancien Premier ministre de François Mitterrand, Michel Rocard et l’ancien Premier ministre de Jacques Chirac, Alain Juppé à la tête de la Commission chargé de réfléchir sur les priorités économiques et sociétales auxquelles le grand emprunt national, conçu et lancé à Versailles, était destiné.
Même si cette commission n’aura qu’une force de proposition à l’instar de la commission Balladur sur le redécoupage territorial ou la Commission Copé sur la télévision publique ou la Commission Attali sur la libération de la croissance, l’identité des personnalités choisies permet toutes les audaces et préfigure toutes les innovations.
Une des premières leçons à tirer de cette double nomination est que le président Nicolas Sarkozy tente de réaliser sur un plan formel ce qu’il n’a pas pu faire sur un plan gouvernemental.
L’ouverture sur la gauche avait connu un frein sec dans le gouvernement Fillon 4, non par manque de volonté politique, mais par manque de candidats crédibles et de grande notoriété qui peuvent satisfaire aux canons de l’ouverture politique. A l’exception de Fréderic Mitterrand qui n’a de gauche que le patronyme, il n’y a pas eu foule à gauche pour se bousculer devant le portillon de Matignon. Qu’un homme comme Michel Rocard, qui va allégrement sur ses 80 printemps accepte de s’enrôler sous la bannière de Nicolas Sarkozy et voilà que le président de la République se pâme de plaisir et de fierté d’avoir réalisé un joli coup et entonne son air favori sur «la stratégie politique de l’ouverture du gouvernement (qui) ne s’arrêtera pas» : «S’il y a des talents à gauche qui doivent servir leur pays, mon devoir de président de la République, c’est de faire appel à leur talent (…) La crise est suffisamment grave et suffisamment forte pour que chacun sache se hisser au-dessus d’intérêts partisans». Michel Rocard n’est pas à proprement parler un homme de gauche qui développe une allergie épidermique et politique à Nicolas Sarkozy comme il est facile d’en trouver au PS. Il n’est pas non plus à son premier compagnonnage du nouveau exécutif. Il avait déjà été nommé ambassadeur chargé des négociations internationales sur les  pôles Arctique et Antarctique et président de la «Conférence des experts» sur la taxe Carbonne. Michel Rocard, qui avait adopté un discours extrêmement dur à l’égard du Parti socialiste et des ses chefs comme Ségolène Royal, ne tarit pas d’éloges et d’admiration pour Nicolas Sarkozy, un homme qui a eu «le culot» et «le courage»  d’aller «chercher des outils» de lutte contre la crise «en dehors de l’arsenal monétariste».
Le choix de Michel Rocard a provoqué des toux de gêne à gauche. Si les détracteurs de l’ouverture ne se sont pas rués dans les brancards pour casser la charpente, après tout il ne s’agit que d’une commission, le maire de Paris, Bertrand Delanoë, que les chroniqueurs décrivaient pourtant comme un homme sensible au charme et à l’énergie de Nicolas Sarkozy, sort du bois avec une violence inédite : «Le président Sarkozy nie un peu la nécessité d’un débat démocratique pluraliste où il faut que des opinions différentes s’expriment pour que justement le pays avance (…) Je ne confonds pas démocratie, loyauté, travail collectif, respect et débauchage, marketing politique. La France n’avance pas quand on a une vision un peu commerciale des rapports politiques».
L’autre homme de cette commission est Alain Juppé. Ancien Premier ministre et surtout ancien rival malheureux de Nicolas Sarkozy pour le contrôle de l’UMP et surtout pour l’héritage de Chirac avant qu’une condamnation à 18 mois de prison avec sursis dans l’affaire des emplois fictifs de la ville de Pairs ne l’éloigne temporairement de la politique.
Depuis de longs mois, la rumeur persistante donnait Alain Juppé au gouvernement de François Fillon. L’intéressé avait lui-même fait savoir qu’il était à nouveau dans des dispositions d’esprit pour servir et faire oublier son passage éclair au gouvernement Fillon 1, en juin 2007, qu’il a dû subitement quitter pour cause de perte de députation à la Gironde. Même si à plusieurs reprises, Alain Juppé avait fait savoir qu’il n’appréciait que modérément les démons d’ouverture à gauche qui se sont saisis de Nicolas Sarkozy, il semble, depuis, avoir mis beaucoup de d’eau dans son Bordeaux: «Nous incarnons chacun une tradition politique, celle du Parti socialiste pour Michel Rocard, celle des gaullistes de l’UMP pour ce qui me concerne».

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