Sarkozy, mal-aimé et chef de guerre

Sarkozy, mal-aimé et chef de guerre

Avec l’engagement militaire en Côte d’Ivoire, Nicolas Sarkozy ouvre un troisième front militaire après l’Afghanistan et la Libye. Pour quelqu’un qui, au lendemain de la révolte tunisienne, s’est empressé de justifier l’inaction de la France par les contraintes qui pèsent naturellement sur son ancien statut de puissance coloniale, la passion militaire qu’il met à déloger le président battu aux élections Laurent Gbagbo et à installer le président élu Alassane Ouattara contredit ouvertement cette doctrine.
Il est clair aujourd’hui que l’intervention militaire française en Côte d’Ivoire n’a été imaginable que parce que celle des Nations Unies contre la Libye de Mouammar Kadhafi a été possible, grâce notamment à l’entregent de Nicolas Sarkozy. Mais cette brusque passion de Nicolas Sarkozy pour les opérations militaires suscite de nombreuses questions. Au-delà de l’explication politique qui consiste à attribuer au président de la République la volonté de faire oublier les ratages des révolutions tunisienne et égyptienne, des voix se lèvent pour le soupçonner de vouloir reconquérir par l’international ce qu’il a perdu dans le domestique. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à voir la violence des réactions d’une partie de l’opposition qui commente les choix militaires de l’Elysée. Pour le député socialiste Jean-Marie Le Guen : «Il y a du Bush dans Monsieur Sarkozy», autrement dit «une tendance à utiliser la force avant la politique, sans véritablement prendre en considération les données politiques d’aujourd’hui et de demain». Quant à la voix du PS portée par le chef de son groupe parlementaire, Jean-Marc Ayrault, son enthousiasme pour l’intervention en Libye n’est plus d’actualité: «C’est vrai que la situation est grave. Maintenant, fallait-il intervenir comme la France l’a fait? Nous nous interrogeons, nous sommes réservés». De l’autre côté de l’échiquier politique, Marine Le Pen explique, avec la délicatesse dont son parti, le Front National est coutumier, les raisons occultes qui ont poussé le président de la République à multiplier les choix militaires. Pour elle, Nicolas Sarkozy est sous le coup d’une «poussée d’hormones (…) : «C’est peut-être parce qu’il a fait son service militaire planqué à Balard, dans les bureaux dans le quinzième arrondissement et que, du coup, il a peut-être une petite frustration». Ce qui est certain c’est que la popularité de Nicolas Sarkozy n’arrive pas à décoller au point de pousser sa propre famille politique à s’interroger sur la pertinence de le maintenir comme candidat naturel, porte emblème de ses espoirs présidentiels. La multiplication des opérations militaires, comme l’investissement du tout diplomatique, peut participer à rehausser l’image d’un homme impliqué dans les affaires du monde, capable de prendre les décisions qui font bouger les lignes et marquer la différence. Nicolas Sarkozy campe aujourd’hui le personnage inédit de celui qui aide les musulmans d’Afghanistan à se libérer, qui protége les Arabes de Libye de la mainmise meurtrière de Kadhafi et qui facilite l’accession des Ivoiriens à la démocratie. Mais cette stratégie est-elle suffisante pour garantir un retour d’affection ? Les nombreuses études d’opinion ont toujours montré que les Français fixent rarement leur choix en fonction des enjeux internationaux. D’autant plus qu’avec le risque d’enlisement et la transformation de ces terrains d’opération en bourbier, l’effet boomerang risque d’être douloureux.

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