Sharon : Le discours du doute

Le discours prononcé jeudi soir par Ariel Sharon a confirmé l’inquiétude d’une société israélienne divisée et confrontée à une guerre de guérilla dont elle ne voit pas la fin. Une allocution qualifiée de « pâle caricature» des discours de Winston Churchill durant la seconde guerre mondiale.
Le Premier ministre israélien a affirmé qu’il maintiendrait le cap, c’est-à-dire que l’armée israélienne frapperait de plus en plus fort les activistes palestiniens, mais aussi qu’il ne suivrait pas la droite qui l’exhorte à se débarrasser de Yasser Arafat, à réoccuper les territoires et à démanteler l’autorité palestinienne.
En somme, il s’en tiendrait à ce qu’il considère comme un juste milieu. Mais en réalité, son but était de rassurer une opinion publique peu habituée à voir tomber les soldats de la fameuse Tsahal et suivre leurs obsèques à la télévision. Il lui fallait convaincre ses compatriotes que le pays est en de bonnes mains, d’autant plus qu’il s’était engagé avant son élection, il y a un peu plus d’un an, à rétablir la sécurité des Israéliens. Ses remontrances à l’égard de « ceux qui parlent d’effondrement, de désespoir et de perte d’espérance », et ses appels répétés à l’union nationale sont elles aussi révélatrices de la gravité de la situation. Sharon est allé même jusqu’à affirmer que « l’Etat d’Israël n’est pas en train de s’effondrer et ne s’effondrera pas ».
Sûrement une allusion aux divisions qui éclatent au sein de la société israélienne vis-à-vis de la poursuite de l’occupation des territoires, dont le coût en vies humaines est de plus en plus élevé. Un moment ébranlé par le soulèvement palestinien, le «camp de la paix» israélien s’est ressaisi et a organisé des manifestations comme celle qui a réuni samedi 16 février une quinzaine de milliers de personnes venues à Tel-Aviv réclamer la reprise des négociations et le démantèlement immédiat de certaines colonies implantées dans les territoires. De plus, plusieurs dizaines d’officiers de réserve ont rendu publique une pétition dans laquelle ils annoncent leur refus de servir en Cisjordanie et dans la bande de Ghaza. Des prises de position qui sont à l’origine d’un vif débat en Israël et qui confortent certains Palestiniens dans la conviction qu’une répétition d’un scénario semblable à celui qui avait conduit en mai 2000 à un retrait militaire israélien unilatéral du Sud-Liban est possible.
Un doute et des inquiétudes exacerbés par une crise économique majeure, avec un taux de chômage supérieur à 9% et qui devrait atteindre les 10% en 2002.
Pour sa part, la presse israélienne n’a pas été tendre avec le Premier ministre. Le Haaretz, qui titre en une « Le lion a fait miaou » a qualifié l’allocution de « pâle caricature» des discours du chef du gouvernement britannique Winston Churchill, qui avait promis à son peuple du sang, de la sueur et des larmes, en exhortant son pays à rester ferme et déterminé durant la seconde guerre mondiale.
«Avec de tels discours à la nation, l’Angleterre n’aurait pu survivre à la seconde guerre mondiale (…) le Premier ministre a eu de belles paroles mais n’a donné au citoyen inquiet aucune réponse susceptible de le rassurer et de le tirer de son désespoir », poursuit le journal. «On a finalement découvert pourquoi Ariel Sharon intervenait si peu devant la nation.
C’est, tout simplement, parce qu’il n’a rien à dire» conclut-il. «Nous attendions un programme politique et non une leçon de morale», titre en une le Yédiot Aharonot, soulignant que le discours du Premier ministre a été fraîchement accueilli, à gauche comme à droite.
«En évoquant la création de zones tampon (entre Israël et les territoires palestiniens) Sharon a fourni des titres à la presse, mais aucun message à la nation», écrit pour sa part le Maariv.
Et de conclure que « les conseillers du Premier ministre espèrent que son discours aura su insuffler courage et détermination à la nation, mais il se peut également qu’il marque le début de son déclin car on aura compris qu’il n’a aucune réponse à donner face à la situation ».

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