Un rééquilibrage par les urnes

Dakar. Place de l’indépendance. A quelques encablures du Palais présidentiel. La fièvre électorale semble se dissiper de plus en plus. Les discussions entre étrangers qui pullulent dans les cafés chics du centre de la capitale sénégalaise – Français et Libanais, surtout – laissent apparaître un sentiment diffus, qui reste injuste : le Sénégal, pays du tiers monde, arrive à organiser des élections sans grabuges, sans scandales électoraux ? On oublie fort bien que l’une des plus anciennes démocraties en Afrique est celle du Sénégal… Un pays qui a pu régler, de manière magistrale, le rôle de l’armée et des politiques…
Au fait, après les présidentielles de mars 2000, qui ont porté à la tête de l’Etat, l’ancien opposant Abdoulaye Wade, chef du Parti Démocratique Sénégalais (PDS), et après les législatives de 2001, qui ont consacré la CAP 21, convergence pour le 21ème siècle, on s’attendait à ce que les municipales et régionales du 12 mai confirment cette tendance. Valeur aujourd’hui, les chiffres laissent songeurs.
Selon Abdoulaye Seye, directeur de la rédaction du Soleil, le plus grand quotidien du Sénégal, ces élections locales permettent de rééquilibrer le paysage politique. « Ces élections, nous a-t-il déclaré, sont une bonne chose. Elles se sont déroulées dans de bonnes conditions. Les résultats quoique non encore officiels ni définitifs,donnent un avant-goût : il s’agit d’un rééquilibrage par les urnes. D’autant plus qu’au-delà des vainqueurs et vaincus, la gestion locale demande une présence, un travail quotidien et des comptes presque quotidiens à rendre aux électeurs ».
Selon ces tendances, basées sur les résultats partiels et non officiels donnés par les bureaux de vote, la CAP 21 l’emporte dans la presque totalité des communes de la région dakaroise, ainsi qu’à Thiès (70 km de Dakar). Il est étonnant de voir la CAP 21 remporter des sièges de Thiès, ville et région par essence liées à l’opposition. Les villageois votent pour Wade en tant que symbole de l’opposition, plus qu’en tant que chef de l’Etat. Ce qui est aussi anormal c’est de voir le cadre permanent de Concertation de l’opposition (CPC), l’emporter dans le chef lieu de la Casamance, Ziguinchor, alors que c’est une ville, voire une région qui a toujours combattu, par les armes, le Parti socialiste, alors au pouvoir, aujourd’hui passé dans l’opposition. Selon M. Seye, l’essentiel c’est ce travail de proximité à accomplir. C’est qu’on ne peut plus raconter des bobards aux Sénégalais. «C’est sur la qualité de ce travail que les électeurs jugeront», dit-il, comme pour dire que le choix dépasse le facteur de l’appartenance politique.
Outre Ziguinchor, Sédhiou (sud), Kaolack (centre sud), Tambacounda et Kédougou (est), ainsi que plusieurs autres villes de l’intérieur, l’opposition est donnée pour vainqueur. Moustapha Niasse, patron de l’Alliance des forces du progrès, plusieurs fois ministre, plusieurs fois démis ou démissionnaire,et son allié de circonstance Djibo Ka, de l’Union pour le renouveau démocratique, les deux grands alliés du CPC, n’ont certainement pas à regretter leur alliance. Selon l’observatoire national des élections (ONEL), le scrutin s’est déroulé « sans incidents qui compromettent sa sincérité » et a été marqué par une participation « modeste » des quelque 2,7 millions d’électeurs. Les 14.352 conseillers des 441 communautés rurales, municipalités, communes et conseils régionaux du pays, devraient être connus dans les jours qui viennent. Entre-temps, les cars rapides (minibus de Dakar et régions) aux couleurs jaunes poursuivent leurs va-et-vient. Le Grand Dakar, quartier populaire de la capitale, aux murs colorés aux affichettes de candidats, attend de voir des résultats tangibles. Et surtout attend que Hadji Diouf marque des buts au prochain mondial…

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