Ce que pensent les Chioukh

Ce que pensent les Chioukh

Pour comprendre le fonctionnement de la société saharienne, il est impossible de ne pas rencontrer les Chioukh. Ce sont des personnes qui représentent l’ensemble des tribus sahariennes. Leur rôle a été d’une extrême importance lors de l’opération d’identification. Chaque Cheikh connaît comme les doigts de sa main, les familles constituant sa tribu et leur arbre généalogique.
D’ailleurs, chaque Sahraoui connaît, par coeur, les prénoms de ces dix arrières grands-pères.Lors d’une rencontre avec une dizaine de Chioukh, à Laâyoune, l’une des principales remarques que nous avons fait concerne le rituel de la prise de la parole. Il s’agit d’un code bien défini. C’est le Cheikh de la tribu la plus importante, en nombre surtout, qui intervient le premier. Vient ensuite le critère de l’âge. Quand un Cheikh prend la parole, les autres écoutent… attentivement. Son intervention, bien qu’elle soit totalement improvisée, est extrêmement bien structurée. Une introduction, d’abord, en bonne et due forme, pour remercier des représentants de la presse nationale d’être présents parmi eux, mais aussi pour rappeler, avec toute l’énergie qu’il faut, l’attachement des Sahraouis à l’intégrité territoriale et leur fierté d’être des Marocains à part entière.
Le plan Baker? Ils ne veulent même pas en entendre parler. « Nous sommes Marocains, dans notre pays, et ce n’est pas l’Onu, ou quiconque, qui le changeront ». Les séparatistes? Tous les Chioukh reconnaissent avoir un cousin ou un neveu chez le polisario. « Ce sont des égarés, pris dans le piège algérien », disent-ils. Le déchirement familial est une réalité. D’ailleurs, lors de l’opération d’identification, les Chioukh du polisario ont dû, sur instructions des observateurs algéro-polisariens, refuser l’inscription de leurs proches. Un Cheikh polisarien a même été contraint de renier sa propre mère par allaitement. Le décor étant planté, on passe au vif du sujet: le rôle des Chioukh à l’échelle internationale. En effet, le polisario avait, depuis le début du conflit, laissé croire à l’opinion publique internationale que tous les Sahraouis étaient anti-marocains.
La politique de la chaise vide, longtemps adoptée par le Maroc, a aggravé les choses. Aujourd’hui, nous vivons un véritable retournement de situation. Des ralliés, accompagnés de plusieurs Chioukh, ont sillonné des pays d’Amérique Latine et d’Europe. Le but est de montrer, au monde entier, que la majorité écrasante des Sahraouis, jadis silencieuse, est marocaine et tient fermement à le rester. Leurs témoignages, sur les atrocités commises par le polisario et les détournements de l’aide alimentaire, ont très rapidement donné leurs fruits. « Mais pourquoi ne vous êtes-vous pas exprimé plus tôt? », disaient les responsables étrangers aux Chioukh.
« Nous sommes des Marocains et notre pays possède des institutions et un gouvernement qui se chargent de la diplomatie », répondaient les Chioukh. En tout cas, ce n’est pas le moment de faire le procès de la gestion administrative du dossier du Sahara. L’essentiel est que le Maroc est sorti du creux de la vague.

• Abdelmohsin El Hassouni
[email protected]
Envoyé spécial à Laâyoune

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