Dossier : Cadrage : Prérogatives

N’en déplaise aux chantres de la révision constitutionnelle, le Maroc n’en a pas besoin pour le moment pour avancer vers plus de démocratie et de progrès. D’abord, parce que le pays ne vit pas de crise politique ou institutionnelle qui commanderait une telle réforme. Ensuite, parce que le seul changement qui s’impose aujourd’hui plus que jamais concerne le champ et la pratique politiques. C’est aux hommes politiques de changer dans le sens qui permet une réhabilitation réelle de leur rôle aussi bien dans la société que dans l’exercice des responsabilités.
En effet, le paysage partisan national se trouve toujours dans un état déplorable. Sous l’époque de Feu Hassan II, les partis du pouvoir étaient des godillots bons à exécuter des instructions et des ordres et l’opposition d’alors, incarnée principalement par l’USFP, faisait de l’activisme par rapport au régime jusqu’à l’avènement de l’alternance en 1998. En somme, le jeu politique pendant cette période était régenté avec un Driss Basri omnipotent qui faisait et défaisait entre autres les carrières politiques et les mandats électifs, maîtrisait grands et petits détails en maniant le bâton et la carotte.
L’arrivée de l’alternance monarchique a rompu avec ce système puisque S.M le Roi Mohammed VI a dissous ce dernier par le limogeage en novembre 1999 de l’ex-ministre d’État à l’Intérieur. Une révolution. Ce faisant, il a signifié la fin d’une ère et le commencement d’une autre où chacun doit assumer ses responsabilités. Habitués jusqu’ici à être encadrés pour ne pas dire plus, nombre de partis s’en sont trouvés perdus, ne sachant sur quel pied danser. Cette nouvelle réalité révèle chaque jour qui passe la profondeur du vide des coquilles qui se faisaient passer pour des formations politiques. Celles-ci ont visiblement du mal à exister dans le Maroc nouveau et à se débarrasser des réflexes du passé dont le plus caricatural concerne le maintien des communiqués bidons et rédigés à l’identique sur “ la nécessité de rester mobilisés pour défendre la cause nationale contre les adversaires de l’intégrité territoriale et relever les défis qui attendent le Maroc dans tous les domaines “ rendus publics à la suite des réunions des bureaux politiques des partis respectifs. Or, on ne fait pas un parti avec de grands trémolos d’indignation et une surenchère dans les incantations. Un parti est un espace de réflexion, de débat et d’action doté d’un programme réaliste et réalisable, qui oeuvre sainement pour participer à la gestion des affaires publiques. Ce n’est pas une boutique qui distribue à tour de bras les accréditations à l’occasion des élections. Il n’y a qu’à voir l’ambiance qui règne au Parlement avec ses deux Chambres pour mesurer l’ampleur de la crise qui frappe la classe politique marocaine et l’étendue du travail qui reste à faire. C’est cette réalité-là, qui ne fait pas honneur au Maroc, qu’il faut changer en ayant le courage d’assainir l’action politique dans tous ses aspects.
La Constitution révisée de 1996, qui a bénéficié de l’adhésion de l’ensemble des partis y compris l’USFP, est largement avant-gardiste et les acteurs concernés doivent la faire vivre pour en optimiser l’usage. Au lieu de se focaliser sur les prérogatives des autres, les partis feraint mieux d’exercer d’abord les leurs.

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