Du prêche à l’escroquerie

Elle ne sait pas au juste comment et pourquoi elle est arrivée à ce stade sans issue. Elle, dont le prénom commence par un K, n’avait jamais conçu voir ses comportements changer en un clin d’oeil et à son insu, au point de laisser tomber son foyer et ses six enfants à Kenitra.
Maintenant qu’elle est entourée de détenues à la prison de Sidi Kacem, elle se souvient de tout et elle retrace le parcours qui l’a menée derrière ces murs. Elle, qui a la quarantaine, se souvient de sa première rencontre avec le premier homme de sa vie. Il l’a choisie pour qu’elle soit son épouse. Il est pieux, de bonne réputation et prêcheur. Quand elle l’a épousé, elle a été influencée par lui au point qu’elle est devenue, également, prêcheuse. De leur premier enfant jusqu’au sixième, ils ne sont jamais entrés en litige. Seulement, une quinzaine d’années plus tard, le mari a pensé à se remarier. « Je ne sais pas pourquoi tu m’interdis ce qui est licite en Islam…La polygamie n’est pas illicite en Islam, c’est mon droit d’avoir même quatre femmes…», a-t-il protesté, quand elle s’est opposée à son remariage. Et il s’est remarié. Depuis, l’amour cède la place à la rancune au point que chacun d’eux a déposé une plainte contre l’autre l’accusant d’adultère et d’incendie. Au moment où la police de Kénitra se penche sur l’affaire, K a disparu. Où est-elle allée? Ni son mari, ni ses six enfants, ni ses voisins ne le savent.
Elle a jeté son voile et elle s’est acheminée vers Sidi Kacem. Elle ne sait pas comment une idée satanique lui est venue à la tête : promettre aux rêveurs de l’Eldorado des contrats de travail aux Emirats Arabes Unis et en Italie. Et comme par hasard, sa première victime était M, un jeune homme de trente ans. « Je dispose de contrats de travail en Italie…», lui dit-elle.
Il lui a expliqué qu’il en cherche depuis belle lurette et à n’importe quel prix. Elle ne pensait pas que la tâche serait si facile. Après quelques conversations, M. a accepté de lui verser 20 mille dirhams. K a empoché la somme, mais elle n’arrivera jamais à tenir sa promesse. La réalité en témoigne. A chaque fois, elle cherchait un prétexte pour rassurer M. qu’il ne s’agit que d’une question de temps et à chaque fois, elle tente de le charmer. Elle y est arrivée. M ne peut plus s’éloigner d’elle au point qu’elle lui dévoilat la vérité. « Je n’ai ni contrat ni rien du tout et si nous travaillons ensemble nous pouvons avoir plus d’argent… », lui dit-elle. L’amour l’a rendu facile à être manipulé jusqu’au point qu’il n’arrive plus à lui dire un seul « non ». Au fil des jours, elle lui a proposé de se marier avec elle. C’était un rêve pour lui, et qui sera réalisé. Et ils ont commencé le travail. Ils recherchaient les rêveurs de l’Eldorado qui peuvent verser de l’argent afin d’avoir un contrat de travail.
Chacun d’eux versait un acompte de 5 à 10 mille dirhams contre une reconnaissance de dette légalisée à la municipalité de Sidi Kacem. Ils ont commencé à mener une belle vie en se déplaçant, des communes de Mrabeh, Jorf Malha, Khenichet et Ouled Ketir, à Sidi Kacem, à Salé, Meknès, Kénitra et autres villes marocaines, à bord de bagnoles de luxe louées chez des agences de location de voitures. Et à chaque fois, M. accompagnait une personne à la municipalité de Sidi Kacem, pour légaliser la reconnaissance de dette. Ce qui a mis la puce à l’oreille des fonctionnaires qui ont alerté la police. Des investigations ont été effectuées et K. a été accusée d’escroquerie et d’infidélité, alors que son faux-mari, fut jugé en tant que complice.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *