La chasse aux nazis (1)

La chasse aux nazis (1)

Contrairement à Isser Harel, Meir Amit n’a jamais été un fervent de la chasse aux nazis. A l’opposé de son prédécesseur, prêt à « tuer de ses propres mains » tout nazi rencontré, Amit estime que le Mossad doit tourner la page et ne pas gaspiller ses ressources, relativement maigres, à pourchasser à travers le monde le reliquat des criminels nazis du Troisième Reich. Une différence d’approche qui ajoute une dimension de plus à la rivalité entre les deux hommes. Amit aurait voulu éviter toute querelle avec un Harel vindicatif et qui supporte mal l’idée que le Mossad puisse survivre après sa démission forcée. Personne n’aurait été surpris de l’entendre dire : « Le Mossad c’est moi. » Et pourtant ce Mossad continuait son oeuvre. Et souvent avec succès. Meir Amit a de bonnes raisons de vouloir renoncer à la chasse aux criminels nazis. L’URSS continue d’armer à outrance l’Egypte, la Syrie et l’Irak, et le service de renseignements israélien doit avant tout s’attacher à déchiffrer les intentions belliqueuses des voisins arabes d’Israël. Depuis qu’il en est devenu le chef, Amit a multiplié les efforts pour empêcher les savants allemands recrutés par Nasser de mettre au point la fabrication en Egypte de missiles sol-sol. Une opération considérable qui concerne le présent plutôt que le passé. N’est-ce pas plus important? Il faut peut-être aussi y voir le fait qu’à mesure de l’éloignement dans le temps de la Seconde Guerre mondiale, la jeune génération d’Israël a tendance à écarter le souvenir terrible de l’Holocauste. Il est certain que c’est la réaction naturelle d’une partie des Israéliens, surtout après l’éclatante victoire de juin 1967. Quelques années après, beaucoup d’entre eux devront reconnaître qu’ils s’étaient trompés, qu’ils s’étaient trop dépêchés d’oublier, de pardonner. Par ailleurs, les criminels nazis planqués vieillissent ou sont déjà morts, dans leur lit. Mais plus que tout, l’enlèvement d’Adolf Eichmann a pour ainsi dire bloqué l’arrière de la scène. Car Eichmann en est arrivé à incarner et symboliser la machine à tuer nazie, en acheminant systématiquement les Juifs de toute l’Europe occupée vers les chambres à gaz et les crématoires d’Auschwitz, de Dachau et de tous les camps allemands où six millions de Juifs furent anéantis. Le Mossad a réussi à capturer ce symbole vivant de l’horreur nazie. Un tribunal siégeant à Jérusalem a jugé et condamné à mort le principal maître d’oeuvre de la « solution finale » décidée par Hitler et ses acolytes. L’enlèvement d’Eichmann, le spectacle du monstre nazi enfermé dans la cage de verre du tribunal de Jérusalem, ont eu un immense retentissement dans la monde : les Israéliens – nouvelle lignée de Juifs – n’ont pas oublié et se sont révélés capables de faire le procès de l’Allemagne nazie à travers le représentant de ceux qui voulaient annihiler le peuple juif. Après cela, y a-t-il un sens à continuer de traquer les criminels nazis encore en vie en Allemagne même, en Europe, en Amérique du Sud, et dans les pays arabes ? En fait, Isser Harel a dû lui-même se poser la question. Il est certain que sans un homme comme lui à la tête du Mossad, Eichmann n’aurait pas été traqué et capturé. Harel a une telle haine du nazisme et de ses crimes qu’il refuse même de croire à l’avènement d’une « nouvelle Allemagne », celle de Konrad Adenauer. Dès l’instant où il est sûr que le citoyen argentin portant le nom de Ricardo Klement n’est autre qu’Adolf Eichmann, il décide de l’enlever pour le faire juger en Israël.
• D’après «Mossad, 50 ans de guerre secrète» de Uri Dan

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