La pérennité de l’USFP transcende les personnes

La pérennité de l’USFP transcende les personnes

ALM : Etant donné votre ancienneté à la direction de l’USFP auprès de feu Abderrahim Bouabid, comment avez-vous vécu la succession de la direction du parti en 1992 ? Comment a été réglée cette affaire ? Quelles étaient les positions des uns et des autres à cette époque ?
Mohamed Lahbabi : Abderrahim Bouabid était à la veille de sa mort, très gravement malade et il le savait, bien sûr. Il était terriblement diminué, ne pouvant plus suivre attentivement les affaires du parti, ni recevoir les délégations provinciales, ni répondre aux demandes de rencontres que présentaient les délégations étrangères venues s’enquérir des positions de l’USFP relatives à la situation intérieure et internationale. Dans ces conditions, certains membres du Bureau politique m’ont demandé de les réunir chez moi, pour discuter de cette grave situation. Il s’agissait des camarades Elyazghi, Guessous et Radi. Voici brièvement le contenu de la discussion et de la mission dont j’ai été chargée :« Lahbabi, tu es très proche de Abderrahim, toi seul tu peux lui demander de nous aider à faire face à cette situation. Et lui dire « les camarades ne veulent plus te faire supporter seul, la gestion du parti et te demandent de désigner parmi nous celui qui peut t’aider dans cette tâche».
Et, avez-vous acceptez ce rôle de médiateur ?
J’ai accepté de remplir cette mission, si je peux dire, la mort dans l’âme. Mais c’était l’intérêt suprême du parti et je savais qu’Abderrahim allait nous comprendre, et dans le fond de lui-même, nous approuver. Il me reçut avec un sourire triste qui voulait tout dire. Après une assez longue discussion, qui a porté sur les comportements, les capacités, les valeurs de l’un et de l’autre, il m’a répondu : « voilà comment je vois la répartition des tâches à l’intérieur du Bureau politique : Abderrahman Youssoufi s’occupera des affaires étrangères et Mohamed Elyazghi des affaires intérieures. C’est ma proposition que je te demande de transmettre aux camarades du Bureau politique ». Abderrahim a été encore plus loin. Il a voulu que ces propositions soient portées à la connaissance de tout le parti. Dans son lit de mort, il a écrit et signé une lettre communiquant cette répartition des tâches aux membres de la Commission administrative.
Mais, cette répartition des tâches n’a pas fait long feu…
Abderrahim est décédé quelques jours plus tard. Nouvelle réunion à mon domicile. Cette fois-ci le Bureau politique au complet de ses douze membres: El Youssoufi, Elyazghi, Cherkaoui, Guessous, Radi, Mansour, Forkani, Amaoui, Bouzoubaa, Kerchaoui, Oualalou et Lahbabi. Très longue discussion : Abderrahman était sollicité par les onze membres du Bureau politique pour prendre la relève d’Abderrahim, mais c’était un refus constant. La lourde charge de Premier secrétaire n’ayant pas été retenue par Abderrahim avant sa mort et son état de santé risquait d’être un obstacle considérable à l’exercice d’une telle fonction. Ces raisons ont été finalement surmontées par la solution bicéphale suivante : un premier secrétaire , assumé par Abderrahman Youssoufi et un Premier secrétaire de remplacement (adjoint) assumé par Mohamed Elyazghi. Ces décisions ont été ratifiées par tous les membres du Bureau politique.
Le Premier secrétaire de l’USFP a démissionné, récemment. Et, il l’a fait d’une manière qui rappelle en quelque sorte son départ à Cannes en 1993. Quel regard portez-vous sur cette situation ?
C’est vrai, les deux démissions de 1993 et de 2003 ont des ressemblances, mais aussi des différences, si l’on peut dire qualitatives. Pour ce qui est des ressemblances, Abderrahman Youssoufi démissionne dans les deux cas sans donner de raisons ni au Bureau politique, ni au parti, ni au peuple marocain. A nous tous, responsables ou simples citoyens à égrener hypothèse après hypothèse. Il faudra, peut-être, attendre les mémoires de M. Youssoufi, avoir alors beaucoup de patience car, il n’a jamais fait allusion à la rédaction d’éventuelles mémoires.
Et qu’en est-il des différences ?
Elles sont qualitatives, donc, déterminantes. M. Youssoufi suspend en 1993 l’exercice de son activité au sein du Bureau politique, mais il reste, bien entendu, membre actif du parti, dirigeant, donnant ses directives sur la marche du parti, de la Koutla démocratique, notamment aux membres de sa formation qui le visitent à Cannes, et tous attendent son retour au Maroc et la reprise de son activité de Premier secrétaire, pleine et entière. En 2003, M. Youssoufi abandonne définitivement non seulement la fonction de 1er secrétaire du parti, mais même son appartenance à l’USFP. En somme, le poste de Premier secrétaire est vacant, définitivement vide. Or, il est prévu un premier secrétaire de remplacement. Il prend automatiquement la succession, sans qu’il soit question d’un vote. Mais, une constatation d’une donnée fondamentale s’impose : il n’y a plus, définitivement, de 1er secrétaire. C’est le 1er secrétaire de remplacement qui gère le parti jusqu’au prochain congrès. C’est ainsi que se présente la réalité du retrait définitif et total de M. Youssoufi : pour le parti, l’ancien premier secrétaire n’existe plus. Ce cas a été prévu et réglé immédiatement au lendemain du décès d’Abderrahim Bouabid, et confirmé par le VIème congrès . La chaise ne reste pas vide. En réserve est institué un premier secrétaire de remplacement qui occupe immédiatement et sans formalité la fonction que M. Youssoufi a définitivement abandonnée. L’USFP continue à vivre, de sa vie totale et entière pour accomplir sa mission.

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