Métiers : Les seigneurs du Hammam

Métiers : Les seigneurs du Hammam

Qui d’entre nous ne s’est pas fait au moins une fois dans sa vie «gâté» dans un hammam, entre les mains expertes d’un kassal ? Ces instants sont en effet de véritables moments de détente. Lieu empli d’une dense vapeur et de parfums venus d’ailleurs, le hammam est en effet le cadre de tous les soins accordés au corps. Un moment consacré à la beauté, au bien-être. Son bénéfice en est autant une purification physique que spirituelle. La technique du hammam revient à des millénaires. Les ruines des thermes et bains romains et carthaginois sont nombreux partout autour du bassin méditerranéen. Le hammam en est donc l’héritier des thermes.
Il était déjà, à l’époque byzantine, une institution solidement ancrée. Mais, c’est avec l’avènement de l’Islam que la cérémonie du bain va prendre une importance jusque- là inégalée. Pour preuve, Bagdad au temps de sa splendeur en comptait près de 30 000 hammams.
Avec l’expansion musulmane, les établissements de bain fleuriront du Proche-Orient à l’Andalousie en passant par l’Afrique du Nord.
Plusieurs personnes s’érigent comme de véritables gardiens des secrets de ce temple du bien-être.
L’incontournable kassal arrive en tête de liste. Il s’agit en effet de l’homme, ou de la femme, à tout faire. Il se propose tout simplement de prendre soin de votre corps, de vous faire un gommage ou de vous gratifier d’un de ces massages dont lui, ou elle, seule a le secret. «Il s’agit de faire soulager les maux dont mes clientes souffrent. Je les connaît pour la plupart. Je sais donc que telle est touchée de rhumatisme et que l’autre vient d’accoucher par exemple. Et je fais en sorte de fournir à chacune d’entre elle les soins nécessaires», explique non sans fierté Fatima, tayaba dans un hammam populaire à Rabat.
Le hammam est en outre le premier véritable institut de beauté au monde. Depuis des siècles, la séance au hammam est un rituel pour les Marocaines en particulier, et les Arabes en général. On y vient avec son seau contenant un ensemble de produits traditionnels. Le gant de crin, ou kis, instrument parfait de gommage, aide à éliminer les cellules mortes, le henné permet de colorer mais surtout de revitaliser sa chevelure, le ghassoul (rhassoul), sorte de pâte noire très épaisse et onctueuse fait office de savon et affine le grain de la peau.
Le secret de ce haut lieu de détente se résume en un seul mot: chaleur. Littéralement, le mot hammam signifie «source de chaleur». Le lieu est composé de plusieurs salles chauffées traditionnellement par un système au feu de bois. La vapeur d’eau envahit les salles et les sature à 100% d’humidité. Un seul homme veille à ce que le hammam remplisse cette fonction, le «fernatchi».
Couvert tout le temps de cendres, il élit domicile dans cette fosse dont est équipé tout hammam pour la remplir de bûches et entretenir le feu. Son rôle devient encore plus important les jours de fêtes, surtout l’Aïd El Kébir. Ces jours-là, le fernatchi devient le seigneur des têtes et des pieds de moutons qu’il prépare religieusement pour la consommation des foyers. Mais le hammam a une vocation qui dépasse la simple hygiène. Aussi surprenant que cela puisse paraître, il remplit une fonction sociale attestée pour les femmes, comparable à celle du café pour les hommes. Les femmes, qui se rendent en groupe au bain, y trouvent un espace de liberté. Elles discutent de leurs problèmes, échangent leurs points de vue, ou encore parlent de leur intimité. La coutume veut aussi qu’une jeune fille, avant de prendre époux, aille au bain avec les femmes de sa future belle famille. Une manière pour ces dernières de « jauger la marchandise».
Deux jours avant la cérémonie officielle, la future mariée passera également une journée au bain en compagnie de ses amies et des membres féminins de la famille. Journée symbole de purification et de passage à une autre vie. Le hammam peut être également un refuge à de petites gens victimes des aléas de la vie. C’est l’exemple de Hannou, tayaba dans un petit hammam situé dans une petite ville du centre du Maroc. Cette berbère septuagénaire a une histoire digne d’un roman. Jeune, elle était l’épouse d’un caïd de la région des Zayane et menait donc une vie de princesse.
Une vie cependant gâchée par une seule chose : Hannou ne pouvait donner à son mari un héritier. Elle est stérile. Au fur et mesure qu’elle s’avançait dans l’âge, elle allait tout perdre : mari, situation sociale et foyer. Pratiquement à la rue, elle trouve refuge dans un hammam en tant que tayaba. Depuis plus d’une trentaine d’années, elle y vit, elle y gagne sa vie. Elle y attend son dernier jour.

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