«Des bagages à portée de main»

Aujourd’hui Le Maroc : Pourquoi avez-vous quitté la JSM ?
Saïd El Khaïdar : C’est une séparation à l’amiable qui intervient à la suite d’une  décision prise en concertation avec les dirigeants du club lors d’une réunion tenue jeudi dernier. J’ai quitté la Jeunesse d’Al Massira parce qu’il m’est devenu très difficile de concilier entre mes fonctions d’entraîneur et mes études. J’ajouterai également que je me suis séparé de la JSM par principe. Le bureau dirigeant et moi-même n’étions pas d’accord sur un certain nombre de sujets, notamment en ce qui concerne la titularisation de certains joueurs. Je ne pourrais avancer si j’avais raison ou pas. Je dirais simplement que ce genre de désaccord peut survenir dans n’importe quel club.

Vous ne vous séparez pas plutôt de la JSM en raison des mauvais résultats?
Ce n’est pas vrai. La Jeunesse d’El Massira a tout de même atteint les quarts de finale de la coupe du Trône. En plus, le club de Laâyoune est l’un des clubs qui a le plus de moyens tant matériels qu’humains. Mais vous savez, la situation de l’entraîneur est la même partout au Maroc. Pour caricaturer cela, je dirais qu’il travaille avec ses bagages à portée de main. L’éventualité d’un départ à l’improviste demeure toujours présente.

Est-ce que c’est une situation qui ne concerne que les cadres techniques nationaux ?
Les entraîneurs marocains n’ont rien à envier aux étrangers. Je dirais même que dans la plupart des cas, ils demeurent  les plus expérimentés. Le problème auquel notre football fait face est une sorte de «complexe de l’étranger». Pour nos dirigeants, un Européen ou un Sud-américain apporterait beaucoup plus à leur équipe qu’un cadre technique national, alors que ce n’est pas vrai. Un coach marocain est très bien placé pour  comprendre la situation du joueur marocain. Mais, même si on a recours à un coach national, on ne met pas à sa disposition les moyens nécessaires pour réussir sa mission. Ces moyens dont seuls les grands clubs comme le Raja ou le Wydad disposent. Ces derniers qui, même sans entraîneurs, peuvent faire de bons résultats et ce, en raison de la qualité des joueurs et d’infrastructures. Voyez ce que réalise M’hamed Fakhir au Hassania, Hassan Benâabicha au Wydad ou alors Fakhreddine avec le CODM.

Pourquoi le suspense est-il de mise cette saison en championnat national de football ?
C’est une très bonne chose en championnat de première et de seconde divisions du Groupement national de football. La mainmise de deux ou trois grands clubs sur ce championnat n’est plus à l’ordre du jour. La compétition a gardé son suspense au fil des journées. Le champion ne sera connu qu’après la fin de la dernière journée. Les équipes en bas du tableau vivent la même situation puisque sept ou huit d’entre elles sont actuellement menacées de relégation et ce, à trois journées de la fin de la compétition.

Mais pourquoi faudrait-il attendre un match comme le dernier derby casablancais pour voir du très bon football?
La réputation des deux équipes engagées y est pour beaucoup. Vous savez, une rencontre entre deux grands clubs, qui disposent de très grands moyens est toujours une occasion pour les joueurs de démontrer ce dont ils sont capables. Il y a quatre ou cinq années, le public marocain attendait avec impatience les matches entre des clubs comme le WAC et le KACM, deux équipes qui étaient très à l’aise financièrement. Vous ne pouvez pas demander à des joueurs qui ne sont pas payés depuis plusieurs mois d’être au top de leur niveau. Le public verrait alors évoluer 22 joueurs présents corps sans âmes, perturbés justement par le manque affreux d’argent.

Que faut-il faire pour remédier à cette situation ?
Seule une décision émanant des hautes sphères peut changer cet état de fait. Il faudrait que toutes les équipes du championnat disposent des mêmes moyens financiers. Nous ne pouvons exiger d’un club dont le budget ne dépasse pas 1 million de dirhams d’être en concurrence avec une équipe qui dispose de dizaines de millions.

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