Le grand écart de la gymnastique

Aujourd’hui Le Maroc : Quel bilan faites-vous de la saison écoulée ?
Mustapha Zekri : Nous avons respecté le programme national tracé en début d’année, qui comportait notamment une Coupe du Trône et une participation au championnat d’Afrique qui a eu lieu en Algérie en novembre dernier. Les gymnastes marocains ont occupé la troisième place par équipe.
La médaille d’or a été remportée par l’Afrique du Sud alors que l’Algérie a eu la médaille d’argent. Nous sommes plus ou moins satisfait de ce bilan. Il est à l’image des moyens matériels dont disposent la fédération et les clubs. La gymnastique est un sport qui souffre de plusieurs maux.
Par exemple ?
Je commencerais par le problème de la non-disponibilité des salles spécialement conçues pour cette discipline. Au Maroc, nous disposons de bons entraîneurs, de techniciens, d’un programme pour rehausser le niveau de nos gymnastes, mais nous ne disposons pas d’assez de locaux. Même celles que nous avions sous la main sont menacées par un problème d’évacuation comme c’est le cas à Fès, Meknès et dernièrement à Casablanca. La salle La Casablancaise a été évacuée par les autorités locales pour travaux. Les gymnastes casablancais sont obligés de s’entraîner à la salle du complexe Mohammed V, qui est normalement réservée aux compétitions.
Comment palliez-vous ce manque ?
Nous avons frappé à toutes les portes, notamment celles du ministère de tutelle et des autorités locales. Plusieurs salles vont être construites à Casablanca. A Fès, une salle couverte à été mise à la disposition du club local alors qu’à Meknès, le CODM pourra s’entraîner dans une salle omni-sport qui dépend d’un collège. Mais ce ne sont que des solutions de replâtrage qui ne cachent pas la réalité du manque des infrastructures.
Les clubs sont-ils capables de surmonter ce problème ?
Sincèrement non. Les clubs et les associations de gymnastique, au Maroc, sont confrontés à de grands problèmes financiers. Le budget de la fédération est de l’ordre d’un million de dirhams. Cette somme suffit à l’instance fédérale mais pas aux clubs. 17 clubs sont affiliés à la fédération avec quelque 3500 licences. Le ministère de tutelle accordait aux clubs une subvention variant entre 5000 DH et 8000 DH selon le nombre d’adhérents. Mais depuis quatre ou cinq ans, cette subvention a été supprimée pour permettre à ces clubs de chercher des sponsors. Certains y sont arrivés comme c’est le cas pour le FUS et l’OC de Youssoufia qui est parrainée par l’OCP. Mais les autres se débrouillent tant bien que mal. Il y a des clubs qui ont restreint leur participation aux compétitions nationales à deux ou trois, alors qu’annuellement, une quinzaine de tournois est organisée à l’échelon national.
Comment réagit la fédération face à cette situation ?
La fédération essaye de décentraliser ces compétitions. C’est à cet effet que trois zones ont été créées : nord, sud et centre, et ce pour éviter de longs déplacements aux clubs. Ainsi, plusieurs compétitions régionales sont organisées à Fès/Meknès, Rabat et Marrakech.
Qu’en est-il de la formation des jeunes gymnastes ?
Il n’existe pas d’écoles de formation en gymnastique au Maroc. Cette discipline nécessite une grande patience. Il suffit de savoir qu’il faut dix années pour préparer un bon gymnaste. Peu d’enfants qui ont commencé à pratiquer ce sport très jeunes continuent leur chemin. Sur une centaine, un ou deux seulement restent fidèles à la gymnastique. Les autres préfèrent se tourner vers d’autres sports tels que le football ou l’athlétisme. La scolarité des jeunes gymnastes pose également problème puisqu’il n’y a pas de collège de sport capable d’assurer une formation sportive à côté d’un cursus scolaire. Les cours ont lieu le matin et l’après-midi est réservée à l’entraînement. Nombre de nos pays voisins (Algérie, Tunisie et Egypte) ont créé ce genre d’établissements. Allez voir le niveau de leurs gymnastes.
Et l’équipe nationale ?
Les derniers résultats obtenus sur le plan africain ne doivent en aucun cas occulter la réalité. Notre sélection nationale, masculine et féminine, est constituée de chômeurs, ce qui décourage les jeunes à faire carrière en gymnastique. Pour être franc, si on n’arrive pas à résoudre les problèmes que j’ai évoqués, notre équipe nationale continuera à glaner quelques médailles, mais c’est tout.

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